Table de matières

Introduction

1-     Chronologie de la relation syro-russe

2-     Les positions de la Russie vis-à-vis de la question syrienne

A La phase Pré intervention

B L phase post-intervention

3-     Que cherche la Russie par son ingérence en Syrie

4-     Les conséquences de l’intervention russe sur ses relations dans la région

5-     L’accord entre les Etats-Unis et la Russie et la trêve d’Alep

6-     Deux superpuissances sur le territoire syrien

7-     Le sort de l’intervention russe en Syrie

 

 

 

 

 

Introduction

L’intervention russe directe dans le conflit en/et sur la Syrie, y a constitué un virage dangereux. Elle a compliqué d’avantage la situation, a alambiqué les solutions politiques proposées, a pérennisé le conflit, et a amplifié la tragédie des Syriens à travers le bombardement barbare menée par l’aviation russe visant les civils et les formations de l’opposition armée à travers le territoire syrien. Elle a également dévoilé un conflit d’influence internationale et régionale et des guerres sanglantes par procuration.  Qu’est-ce qui a motivé l’intervention russe? La Russie est-elle capable d’en assumer ses conséquences politiques et économiques?

1-       Chronologie de la relation syro-russe

Les relations de la Syrie avec l’ex-Union soviétique, et son héritier l’actuelle fédération russe, remontent aux années cinquante du siècle dernier, lorsque la guerre froide était à son apogée. La Syrie, qui a rejeté et luttait contre le pacte de Bagdad et le projet du « Croissant fertile », dont l’objectif était de limiter l’expansion soviétique, avait besoin d’armer et d’équiper son armée. Elle a peut être été aussi l’héritière de la relations égypto-soviétique après l’effondrement de République arabe unie. Cette relation a également connu un développement remarquable début des années quatre-vingt du siècle dernier, lorsque les deux parties ont signé un accord d’« amitié et de coopération » en octobre 1980. Cette relation a continué après l’effondrement de l’Union soviétique, avec la Russie. Cette relation n’a pas été perturbée par le désaccord avec la Russie sur la dette syrienne remontant à l’époque soviétique, pour laquelle des solutions ont été trouvé secrètement.

Le régime syrien était soucieux de maintenir et d’approfondir durablement ses relations avec les Russes, non seulement par le besoin des armes russes, l’armée syrienne adopte le même dogme, la même organisation, et la même discipline que l’armé russe, mais également pour des raisons politiques et économiques, et surtout qu’il est le plus grand bénéficiaire de cette relation dans toutes ses manifestations. Le régime syrien tient avec la même attention à ses relations avec les Etats Unis, indépendamment de son discours médiatique à son égard, et l’on comprend mieux maintenant, le propos répété pendant des décennies selon lequel « le régime syrien drague Moscou et coucher avec Washington ». Le rôle attribué au régime syrien par les puissances internationales, dont la Russie, s’est maintenant dévoilé. Il nécessite une bonne relation, bien calculée avec toutes les parties concernées.

En échange, Moscou tient à ses relations avec le régime syrien, car elle le considère comme le régime qui lui est le plus loyal au Moyen-Orient. A titre de comparaison, le régime syrien n’a pas fait ce que Sadat a fait, lorsqu’il a renvoyé les experts soviétiques la veille de la guerre d’Octobre 1973, mais, au contraire, le régime syrien a toujours œuvré pour garantir ses intérêts, même ceux qui n’ont pas de portée stratégique, et ce jusqu’au 30 septembre 2015 au moins.

2-       Les positions de la Russie vis-à-vis de la question syrienne

Les positions russes vis-à-vis de la question syrienne peuvent être divisées en deux phases distinctes à la fois en termes de technique et de moyens ou en termes de résultats. Les deux phases sont séparés par l’intervention militaire directe de la Russie le 30 septembre 2015, la phase de pré-intervention et la phase poste-intervention,  même si elles sont distinctes par leur forme, ces deux phases sont consubstantiellement complémentaire.

A La phase Pré intervention

Moscou n’a pas caché depuis le début de la révolution syrienne en en mars 2011, sa position franche et ferme du soutien au régime syrien, à qui elle a fourni – et fournit encore – toutes sortes de matériels de guerre dont il a besoin dans sa guerre contre le peuple syrien, en plus des experts et des informations. Cependant, le soutien le plus important dans cette phase reste la couverture politique et la protection contre les poursuites dans les instances internationales, en particulier au Conseil de sécurité, qu’elle a mis en échec par l’utilisation de son droit de veto à trois reprises, dont une avec la Chine. La Russie a empêché le Conseil, qui est chargé de garantir la paix et la sécurité internationale, de nombreuses fois même de faire une simple déclaration présidentielle pour condamner l’un des nombreux crimes commis par le régime contre des civils. Elle a également sauvé le régime des sanctions après avoir fait usage des armes chimiques en août 2013, cette arme qui a causé la mort des centaines de civils, dont une majorité d’enfants. Les Russes ont réussi à conclure un accord avec les Américains, consistant dans le désarmement chimique du régime. Un accord dont nombreux observateurs estiment qu’il aura une incidence sur la crédibilité de la communauté internationale et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques et les deux Etats garants, lorsqu’ils se sont contentés simplement de déposséder l’auteur du crime de son arme.

Dans le même sens Moscou a fait échec à toutes les résolutions importantes adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU pendant les années de conflit, alors qu’elle était elle même partenaire dans leur formulation et leur vote, en commençant par la déclaration de Genève 1 en 2012, la résolution 2118 de 2013, la résolution 2254 de 2016, ainsi que la déclaration de Vienne 1 et Vienne 2 respectivement pour les années 2015 et 2016, cela dans le seul but de mettre le sort de Assad en dehors des débats et les éventuelles solutions qui peuvent être proposées. Le discours de Lavrov devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 26 septembre 2016, constitue une bonne illustration à cet égard lorsqu’il déclaré : « le départ de Assad demandé par l’opposition, constituent une violation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies ».

La couverture et le soutien de Moscou au régime syrien se sont manifesté à un autre niveau, qui n’est pas moins grave que le premier, à savoir la tentative de la Russie de diviser l’opposition syrienne et de perturber son action politique – qui est du reste très faible- lorsqu’elle a encadré une « opposition » qui a accepté sa vision d’une solution politique, pourtant en parfaite contradiction avec les résolutions internationales et avec la déclaration de Genève 1. Cette vision qui réduit la solution à la mise en place d’un gouvernement élargi, dirigé par Assad avec quelques réformes cosmétiques.

A cause de la pauvreté de la scène politique syrienne, asséchée par des décennies de tyrannie prolongée, Moscou a trouvé un régime qui la voit comme un ami et un sauveur sous la couverture d’une «l’idéologie socialiste », qui cèle une peur et des positions sectatrices tacites. C’est ainsi qu’il y a eu les conférences de Moscou 1, Moscou 2, Astana 1, avant de transférer le siège de ces conférences à la base de « Humaihm » dans la province de Latakia, afin de ménager les efforts de l’ «opposition syrienne», et pour raffermir ce rôle sur le territoire syrien, signifiant ainsi, tacitement ou implicitement, la consolidation son influence dans la réalité syrienne.

« l’opposition de Moscou » ou « l’opposition de Humaimam », garde encore l’espoir de voir son allié ou son tuteur Russe lui réserver une place dans l’avenir de la Syrie, à coté de Assad, ce qui n’est pas moins grave que sa complicité et son silence, face au sang syrien versé par le régime et ses alliés, dont la Russie, sans se douter que cet «allié» la dupe. C’est pourquoi elle s’attèle à la préparation de la Constitution, du fédéralisme, à la correction et au redressement des plans de Mistura chaque fois qu’ils ne correspondent pas à la vision de la Russie.

« Le Comité national de coordination pour les forces du changement démocratique » ne dévie guère de cette ligne, qui prétend représenter « l’opposition de l’intérieur », surtout quand ses représentants ont assisté au sommet de Riyad, le comité a rejoint l’organe de négociation qui s’en est dégagé. Cette initiative a suscité des doutes et des interrogations, quant à la portée de cette participation et le rôle attendu de ce comité. En d’autres termes, est ce que le conseil représente le talon d’Achille de l’organe de négociation? Interrogation confirmé quotidiennement par l’affirmative à travers les agissements et le discours du conseil, qui d’une manière ou d’une autre, reste fidèles à la vision de Moscou.

Quant à l’attitude américaine (Beaucoup se posent la question) face à l’irrationalité russe au Conseil de sécurité et son rôle dans la neutralisation de l’ONU, la réponse à cette question est à chercher dans la stratégie américaine (déclaré ou dissimulé) pour gérer le dossier syrien, qui se résume par la formule suivante « aucun gagnant, aucun perdant » dans ce conflit, afin d’affaiblir toutes les parties concernées et les forcer à accepter la solution proposée. Et tant que l’action des Russes, et celle des autres parties, servent la stratégie américaine, quelles que soient leurs intentions, il n’y a aucun mal à ce que Moscou porte le fardeau moral et politique des « fautes » commises contre les Syriens, que ce soit au Conseil de sécurité et dans d’autres instances internationales, ou même sur le terrain?!

B L phase post-intervention

Le but de Moscou, en fournissant au régime syrien un soutien logistique illimité, une couverture politique, une protection contre toute poursuite juridique internationale, et enfin l’intervention militaire directe, était d’offrir au régime des possibilités successives pour résoudre le conflit, seul ou avec l’aide de l’Iran et ses milices, qui sont intervenus depuis les premiers mois de la révolution. Mais, au printemps de 2015, une grande évolution sur le terrain s’était opérée dans l’intérêt des forces de l’opposition armée, quand elles ont balayé et pris toute la province de Idlib, et ont commencé à menacer le régime à Latakia. Cette évolution a suscité la peur de l’Iran et du régime syrien. Assad avait à l’époque, reconnu la défaite de son armée à Idlib, et que son armée souffrait d’une pénurie en effectifs, par conséquent, il se contenterait sur la défense de ce qu’il a appelé « la Syrie utile », tout en lançant sa phrase  célèbres « la Syrie appartient à ceux qui la défendent ».

Lorsque ce changement majeur dans le cadre du conflit intervient, marquant l’effondrement imminent du régime, Qassem Soleimani se précipita vers Moscou pour solliciter une intervention directe. Il a coordonné avec les Russes l’intervention et tous ce qu’elle implique  au niveau politique et financier ainsi que la répartition des rôles. L’accord a assurément marqué un déclin de l’influence iranienne au profit de la Russie.

En plus de tous ces facteurs ayant poussé dans le sens d’une intervention russe directe, un autre facteur important tient à la psychologie russe habité par l’héritage tsariste : la vengeance, ou la volonté de rendre la pareille à l’Occident, pour ainsi dire, qui a trahi la Russie en Libye. En effet, après avoir été leurré d’approuver la résolution de l’ONU pour une intervention militaire dans le but de protéger les civils Libyens à Benghazi, l’opération a fini par la liquidation de son ancien allié, le régime de Kadhafi, et l’accaparement par l’Occident du gâteau libyen, la privant ainsi de ses intérêts et de son influence dans ce pays.

La Russie a annoncé officiellement son intervention le 30 septembre 2015, pour un délai de trois mois, prolongé par la suite de trois mois. En dépit de l’annonce de son retrait le 15 mars 2016, après que  « les objectifs de l’intervention soient atteints », tel que revendiqué par le Ministère de la Défense russe, il s’est avéré que l’intervention s’est au contraire élargi quantitativement et qualitativement, avec un soutien au sol, par une milice, dont on a découvert récemment la présence à l’Est d’Alep.

Le délai fixé s’est révélé n’être qu’une illusion, puisque les Russes ont dévoilé un « sinistre » accord secret  signés entre Poutine et Assad en août 2015, un mois avant le début de l’intervention militaire russe, donnant à la Russie le droit de déployer ses troupes dans les bases militaires et les villes syriennes, et accordant à ses soldats une protection contre des poursuites dans le cas d’un crime de guerre, et les mettant à l’abri de toute responsabilité pour leurs actions, par une immunité complète, en prévision de toute demande à l’avenir de poursuite judiciaire pour les actes qu’ils peuvent commettre. L’accord leur donne le droit de se maintenir sur le sol syrien pour une période illimitée, sans être soumis à aucun contrôle par les autorités syriennes. Selon le même accord les Syriens ne sont pas autorisés à pénétrer dans les bases militaires russes sans l’autorisation de la Russie, tout cela contre leur protection d’Assad.

La Russie a effectué dans son intervention des bombardements aériens brutaux, semblable à ce qu’elle a fait en Tchétchénie, détruisant des villes entière, dont Alep, qui ne sera surement pas la dernière ville touchée, et tuant encore délibérément des centaines de civils non armés. Elle a influé résolument sur l’équilibre des forces en faveur du régime syrien. Cependant, le plus grand risque résultant de cette intervention, est le fait de transformer le conflit syrien d’un conflit local et régional dans une certaine mesure, en un conflit internationale. Ainsi le conflit syrien est passé d’un combat entre des personnes aspirant à la liberté, à la dignité et à la justice face à un régime qui veut maintenir son caractère autoritaire et le rôle qu’on lui a attribué, à un conflit d’influence entre des Etats puissants (dont l’objet est la Syrie). Un tel conflit ne peut plus être résolu en dehors d’une multitude de conflits d’intérêts en collision au niveau de la région et dans le monde, ce qui rend cette solution difficile et lointaine.

 

3-       Que cherche la Russie par son ingérence en Syrie

La Russie fait valoir pour justifier ses positions et son intervention en Syrie, son respect du droit international, qui met l’accent sur le respect de la souveraineté des Etats, et interdit l’ingérence dans leurs affaires intérieures, et n’admet pas les changements des régimes par la force. Elle évoque l’Irak et la Libye à titre d’exemples de la politique interventionniste de l’Occident post-guerre froide. Des tels arguments fallacieux sont démentis par les faits de l’intervention russe et ses exactions quotidiennes en Syrie.

Les idées fixes ou les préoccupations de Moscou ne viennent pas de son attachement au droit international, mais de la crainte que cet interventionnisme parvient jusqu’aux républiques d’Asie centrale, autrement dit dans son espace d’influence hérité de l’époque soviétique, soit à travers des révolutions de couleur, ou à travers l’avancement, lent mais progressif, de l’OTAN, vers ses frontières Ouest et Sud-est.

Cet état des choses est confirmé par le président russe,Vladimir Poutine, lorsque dans une interview dans l’émission « 60 Minutes » en septembre 2015, il avait dit : « Il est inadmissible que les questions politiques internes des anciennes républiques soviétiques soient réglées par des révolutions colorées, ou par le biais d’un coup d’Etat militaire, ou encore par le renversement du pouvoir de manière inconstitutionnelle ». Il a accusé Clinton d’être derrière les manifestations en Ukraine pour protester contre les résultats des élections en 2011, lorsque elle les a contestés estimant qu’elles « n’étaient ni libres ni honnêtes ». Le président ukrainien, Viktor Ianoukovytch a par la suite été destitué en 2014 sur le fond d’une grande polémique en Ukraine, dans un contexte de récession infestant l’économie du pays.

Est-il alors exact de conclure, dans ce cas, que la guerre d’agression menée par Moscou contre la Syrie est une guerre défensive sous forme de guerre offensive? Les faits le confirment. Du fait que  la politique russe moderne n’est pas marquée par l’interventionnisme militaire et politique qui a caractérisé l’ère soviétique, loin de la diplomatie de dialogue et des options ouvertes. En effet, l’intervention russe en Syrie est le deuxième dérapage de la politique russe de son cadre habituel, après l’occupation de la Crimée, et de l’intervention aux côtés de séparatistes dans la région de Banibas à  l’Est de Ukraine, si l’on admet que l’intervention russe en Géorgie a été entourée par des circonstances différentes.

Il se peut que le but le plus important derrière l’intervention russe en Syrie, est de contraindre l’Occident et les Etats Unis à mettre fin à l’isolement et aux sanctions, qui ont épuise l’économie russe, imposées à la suite de l’annexion de la Crimée en mars 2014, et à son soutien aux séparatistes dans l’Est de l’Ukraine. En effet, les Etats Unis et l’Occident, font porter à la Russie la responsabilité de résoudre la crise en Ukraine. Les Etats Unis refusent l’insistance de la Russie de relier le dossier syrien et le dossier ukrainien. Les Etats Unis et l’Union européenne insistent sur la nécessité pour la Russie de se conformer à la feuille de route de Minsk 2, et de permettre aux forces ukrainiennes d’exercer leur contrôle sur les frontières extérieures comme une condition indispensable à la levée de sanctions.

La Russie cherche à travers son intervention en Syrie, et plus largement derrière toute son action politique et militaire sur la scène internationale ces dernières années, à remodeler ses relations diplomatiques avec les États-Unis, et d’être traité sur un pied d’égalité avec eux dans les relations internationales. Bien qu’Obama ait décrit auparavant la Russie comme un « Etat régional », toutefois les dirigeants du Kremlin sont sérieusement préoccupés par une telle ambition. Cette ambition s’est accrue après que Poutine a réussi à convaincre Obama qu’il était capable de franchir les lignes rouges sur la question des armes chimiques de la Syrie, et s’est contenté de retirer l’arme à Assad lorsqu’il l’a utilisée en août 2013. Ceci est d’autant plus vrai que la Russie voit que la politique de l’administration Obama pratique une stratégie d’abandon et n’est pas prête à intervenir efficacement en Syrie. La question qui se pose dans ce contexte, est celle de savoir si les moyens, de tout genre, dont dispose la Russie, sont à même de rendre réelles de telles ambitions, de sorte qu’elle force les Etats Unis et les concurrents internationaux à lui reconnaître ce rôle?

D’autres raisons sont invoquées pour justifier l’intervention russe, telles celle de lutter contre les « terroristes » en Syrie, dont certains viennent des anciennes républiques soviétiques, afin de les éliminer loin de son territoire et les empêcher de retourner vers elle. En fait, la Russie cherche à exploiter la guerre internationale contre le terrorisme, puisqu’il s’agit d’un produit « en vogue » sur la scène internationale actuellement, elle a souvent exprimé sa volonté de participer à l’alliance internationale pour lutter contre le terrorisme menée par les Etats-Unis, mais elle se heurte toujours à un refus, car les Etats Unis, ne veulent pas que la Russie puisse exploiter cette voie pour couvrir ses interventions militaires actuelles ou à venir, ou tirer profit des renseignements dont dispose l’alliance. Cependant, les Etats Unis ne sont pas contre que la Russie contribue à frapper des sites de « Daech », à titre personnel et en dehors de cette alliance. La Russie tente également de convaincre Etats Unis d’accepter la participation du régime syrien dans l’effort international de lutte contre le terrorisme, puisqu’il est lui même « une victime de ce terrorisme ».

D’autre part, la Russie estime que le conflit en Syrie offre un terrain peu couteux pour expérimenter de nouvelles armes en marge de cette guerre et les commercialiser, et un domaine pour la formation gratuite de son armée, pour laquelle elle a lancé une opération de modernisation et de développement des méthodes de combat depuis  2008, d’autant que c’est l’Iran qui supporte les coûts de cette intervention.

Il n’ya aucun doute que la Russie a des intérêts économiques et logistiques en Syrie (l’aéroport de Humaihm et le port de Tartous), de plus ses relations historiques avec le régime syrien ne rendent pas cette intervention surprenant. D’autre part, s’il est vrai que le conflit en Syrie a constitué une occasion pour l’action politique et militaire de la Russie, et une possibilité de revenir au Moyen-Orient après s’en être détournée depuis la fin des années quatre-vingt. Cependant, est ce que tous ces motifs valent le poids de l’aventure russe, ses implications politiques et morales, et ses conséquences pour l’avenir des relations avec les peuples de la région? La logique requiert une réponse négative. C’est pourquoi, les motifs de l’intervention de la Russie se résument dans l’analyse finale, par une tentative d’échanger son intervention et sa contribution à mettre fin à ce conflit, entre d’autres dossiers épineux avec l’Occident. Ces dossier L4affaiblissent au niveau stratégique, et par conséquent, si l’Occident devait payer la facture russe, il le fera à l’extérieur de la Syrie.

4-       Les conséquences de l’intervention russe sur ses relations dans la région

L’intervention en Syrie a contraint la Russie à réorganiser ses relations avec les Etats régionaux concernés par le conflit, du fait qu’un tel conflit provoque des tensions avec certains, et entraine des  alliances ou ententes avec d’autres. Le plus facile de ces arrangements était avec « Israël », quand la Russie a promis de garantir la sécurité de ses frontières du côté syrien, ce processus a trouvé sa traduction, dans la coopération avec la Jordanie, par l’étouffement du front sud qui était actifs à ce moment-là. La Russie a également convenu avec Israël d’un échange d’informations et d’une coordination du trafic aérien dans l’espace aérien syrien. Il n’est pas exclu que d’autres arrangements, non déclarés, existent, concernant la solution politique, la nature du futur régime et sa relation avec «Israël», et le processus de paix au Moyen-Orient, de manière à garantir les intérêts d’Israël, parce que la Russie est soucieuse de la satisfaction d’Israël, de lui éviter tout  trouble.

D’autre part, la relation avec la Turquie, troublée par une tension qui a atteint son sommet lorsque la Turquie a abattu un chasseur russe ayant violé son espace aérien. Il est certain qu’un désaccord profond existe entre les Russes et les Turcs quant au conflit en Syrie, que chaque partie le voit selon une perspective différente, dictée par ses intérêts, ses rôles et ses politiques envers la Syrie et dans la région. Toutefois, les parties, même au plus fort de la tension, ont pris soin de ne pas glisser vers une confrontation militaire. L’initiative du président Turc de présenter des excuses et la réponse rapide de la Russie, ont permis de rétablir leurs relations, au moins au niveau économique, dont les deux parties ont souffert . Un changement dans la forme des relations s’est opéré entre les deux pays. Cette évolution consiste dans la séparation entre le politique et l’économique. Moscou estime que l’un des avantages de cet accord, est celui de réduire l’écart concernant leur différend  relativement au dossier syrien.

Le journal russe (Sputnik) est allé jusqu’à dire que « Moscou et Téhéran étaient prêts pour aider à réduire le fossé entre Ankara et le régime Assad dans le contexte de lutte contre le terrorisme ». Les fruits de cette réconciliation se sont manifestés dans le silence de Moscou face à l’incursion des troupes turques en territoire syrien dans l’opération «  le bouclier de l’Euphrate ». La seule réserve montrée timidement par Moscou était la déclaration de la porte-parole des Affaires étrangères, Maria Zakharova, le 24 août 2016, quand elle a exprimé sa préoccupation à propos d’un éventuel « embrasement  du conflit entre Kurdes et Arabes en raison de l’incursion turque ». Qu’a donc offert la Turquie? Et qu’a demandé Moscou? Questions dont les réponses seront dévoilées par l’avenir.

Du coté des Iraniens, la nature des relations est plus compliquée avec eux, car l’Iran travaille sur un projet national expansive à porté idéologique, qu’il compte faire aboutir abstraction faite des coûts humains et matériels. L’Iran voit sa présence directe sur le terrain, et la préservation de l’autorité d’Assad, comme deux garanties essentielle pour son projet.

Téhéran et Moscou partage la même opinion sur la nécessité de préserver le régime Assad, mais ils diffèrent sur plusieurs points. Le premier point concerne le principe de préserver l’unité du territoire syrien, mais il y a également le fait que Moscou ne favorise pas la propagation des milices iraniennes ou syriennes parrainées par l’Iran, ou celles qui sont formés par le régime, parce qu’elle croit que cela constitue un obstacle à la restauration de l’armée syrienne, qui s’est affaibli, et manque de ressources humaines. Et l’on ne sait pas si Moscou est resté sur cette position après avoir touché de près la fragilité de cette armée, et la corruption qui la ronge. Et malgré le fait que l’Iran a joué un rôle dans l’appel à la Russie, mais il se plaint depuis longtemps de la faiblesse de couverture aérienne de ses troupes et ses milices dans plusieurs fronts, où elles ont essuyé des défaites.

Il semble que la relation russo-iranienne souffre profondément d’un manque de confiance, passé sous silence. Cela est apparu clairement à la suite du problème la base aérienne de Hamedan, que  l’Iran a permis à la Russie d’utiliser, pour se rétracter ensuite. Est-ce que  l’Iran craint d’être abandonné par de la Russie, si cette dernière était contrainte à un choix entre l’Iran et Israël, ou d’ignorer ses intérêts en Syrie si Moscou parvient à un accord avec les Occident ? En revanche, Moscou craint-elle que l’Iran choisit les Etats-Unis si on lui propose un tel choix? Ou bien s’agit-il d’une distribution des pouvoirs sur le territoire syrien, un rôle que la Russie a endossé  au détriment de  l’Iran?

La tension qui règne entre Moscou et Riyad n’exigent pas beaucoup d’effort pour être décelée. Cependant, l’Arabie saoudite garde volontairement le silence pour ce sujet, ce qui est généralement la nature de la politique saoudienne. Cette tension s’est installée depuis les premiers mois de la révolution syrienne, lorsque Moscou a pris position au profit du régime syrien, surtout quand il a commencé à perturber le travail du conseil de sécurité internationale en l’empêchant de jouer son rôle face à ce qui se passe en Syrie, par le recours fréquent au veto. Cette tension s’est accrue après l’intervention militaire de la Russie, en dépit du fait que l’Arabie saoudite ne s’y est pas opposé officiellement.

L’Arabie Saoudite et ses alliés du Golfe, ont tenté à plusieurs reprises d’influencer la position russe et d’atténuer sa partie prise en faveur d’Assad, mais en vain. A son tour Moscou a fait fi de tous les projets commun et les investissements promis par les pays du Golfe pour appâter la Russie par des relations fructueuses avec le Golfe, mais la Russie n’a pas été tentée par ces offres hypothétiques.

De son coté, Moscou a proposé ses efforts à Téhéran pour améliorer les relations irano-saoudienne, mais en vain car l’Iran n’est pas prête à renoncer à son projet expansionniste dans la région, et que l’Arabie saoudite n’est pas prête à oublier la menace iranienne après avoir reçu un coup de couteau dans le fland Sud.

On peut conclure que Moscou n’a pas évaluer objectivement ses relations avec les Etats de la région concernés par le dossier syrien, et l’étendue des dommages causés à ces relations par son intervention en Syrie, elle estime avoir de bonnes relations avec Israël, la Turquie, et avec  le régime Assad et le parti kurde  de « l’Union démocratique », et des relations raisonnables et viables avec Téhéran, laissant les problèmes dans ses relations avec l’Arabie saoudite au temps.

5-       L’accord entre les Etats-Unis et la Russie et la trêve d’Alep

Après beaucoup d’efforts et de visites navettes, qui ont commencé à la mi-juillet dernier, les ministres des Affaires étrangères des États-Unis John Kerry et son homologue russe Lavrov, sont parvenu à un accord de trêve à Alep applicable à partir du 12 septembre 2016, mais le texte de l’accord n’a pas été publié intégralement. Et bien que la trêve, autant que la précédente au mois de février 2016, ait été violée à plusieurs reprises, principalement par le régime et la Russie depuis le premier jour, néanmoins, la Russie n’a pas tardé à demander qu’une session du Conseil de sécurité des Nations Unies soit convoquée pour soutenir l’accord par une résolution de l’ONU, et a menacé de publier les détails. Pour leur part, États-Unis  ont empêché la tenue de la session.

Plus tard, après la publication des détails de l’accord par l’agence (Associated Press), sans que les Russes contredisent ce qui a été rapporté par l’agence à ce jour, il semble que la menace de tempête que peut soulever certaines clauses confidentielles de l’accord et susceptibles de mettre l’administration américaine dans l’embarras, cachait des objectifs et peut-être aussi des inquiétudes, qui expliquent l’acharnement russe et la destruction de la ville d’Alep, en dépit des condamnations d’un grand nombre des responsables des pays concernés, et d’une action diplomatique intense en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, et de l’isolement international qui entoure la diplomatie russe à la suite des crimes terribles commis par l’aviation russe. Comment interpréter ce comportement d’un État responsable de la communauté internationale ?

Selon le texte publié, il semble y avoir deux points que les Russes considèrent comme un grand gain politique, qu’ils voulaient préserver  par une résolution des Nations Unies. Le premier point concerne le sort de Assad, car les Américains ont répété sans cesse qu’il n’y a pas de place pour Assad dans l’avenir de la Syrie, et que Assad avait perdu sa légitimité. Les Russes en ont peut être conclu recule américain à cet égard. Mais il convient de rappeler que cette administration vit ses derniers jours, et elle n’est plus préoccupée par le sort d’Assad, et qu’elle est sur le point de transférer la totalité du dossier à la future administration.

Le deuxième point, qui est le plus important pour les Russes, concerne la formation d‘une cellule exécutive, constituée par des officiers des deux parties, dont le but est d’échanger des renseignements sur les endroits où se trouvent les formations de l’opposition militaire, et la séparation entre les factions modérées de celle que les deux parties considèrent comme terroristes, et l’attention est ici tourné en particulier vers le front Fatah al-Sham (anciennement le front Nusra).

Les Russes considèrent la formation de cette cellule est d’une importance capitale, à même de leur offrir une mine précieuse d’informations qui leur permettront plus tard d’éliminer les forces de l’opposition armée, aussi bien les extrémistes que les modérés. Ils ont peut être estimé que ce travail en commun avec les Américains sera l’accès à participation à la coalition internationale contre le terrorisme.

Le refus catégorique de tout partage de renseignement avec les Russes par le Pentagone et la CIA, qui sont les deux institutions américaines les plus influentes dans les décisions stratégiques, a mis fin cette cellule et aux ambitions russes. Les deux institutions ont posé la condition d’un maintien de la trêve pendant sept jours consécutifs, puis le bombardement américain des forces du régime syrien à Jabal Therdh à Deir ez-Zor, parmi lesquelles sept soldats russes ont été tués, et la réponse russe par un  bombardement d’un convoi d’aide des Nations unies dans Orme al-kobra, ont mis fin à la trêve.

Des observateurs près des centres de décision russes, ont souligné, pour expliquer l’échec de l’accord, que les États-Unis « ne veulent pas la trêve pour activer une solution politique, mais juste pour apaiser le conflit, c’est pourquoi la Russie ne souhaite pas maintenir la trêve ». La Russie cherchait donc en urgence une solution politique avec cette administration qu’elle juge indulgente, avant qu’une autre administration, aux orientations inconnues, ne viennent la remplacer. L’administration Obama qui a décidé de laisser le soin de trouver une solution, à la nouvelle administration, ne veut pas tout de même lui laisser le fardeau des accords malmenés qui risquent de la confondre, mais elle n’est pas contre une atténuation  du conflit. Qui a donc entrainé l’autre sur son terrain? Dans les résultats, il semble que les deux parties se contentent de marquer des points dans ce délai sur le compte de sang syrien. Cela apparait clairement dans l’échec du Conseil de sécurité lors de sa réunion tenue le 25 septembre 2016, lorsqu’il n’a pas pu prendre une décision d’arrêter le bombardement barbare d’Alep, pour se satisfaire d’un grand échange d’accusations mutuelles au sujet de qui est responsable de l’effondrement de la trêve?!

6-       Deux superpuissances sur le territoire syrien

-Le fait que le conflit syrien prend une dimension internationale, surtout que le régime a poussé dans cette internationalisation, afin de trouver des alliés capables de le soutenir dans son choix militaire pour faire face à la révolution syrienne, a provoqué  un face à face entre les Etats Unis et la Russie selon un calcul précis et prudent dans le conflit syrien. Chaque partie avec sa vision, ses objectifs, et sa stratégie, mais il est peu probable qu’elles  glissent vers un affrontement, même si des erreurs et des événements laissent penser à une telle possibilité. Où les deux stratégies convergent-elles et où divergent-elles ?

-Les deux parties ont annoncé l’unique possibilité d’une solution politique au conflit, et l’exclusion de la solution militaire. Alors que les Etats Unis tiennent à cette position, et règlent le rythme du conflit par tous ses moyens, sans se soucier de son énorme coût humain, la Russie en revanche agit de manière contraire à son discours déclaré, en utilisant une violence excessive pour vaincre l’opposition et briser la volonté des Syriens.

– Les deux parties sont d’accord contre l’arrivée des islamistes au pouvoir, et ils ne voient en aucun cas en eux une alternative acceptable au régime syrien, à un moment où il est devenu clair que le problème des américains consiste dans l’absence d’un remplaçant acceptable du régime. Il ne fait aucun doute que la position des États-Unis a prolongé le conflit, et aggravé de la tragédie syrienne.

– La Russie ne voit aucune alternative à Assad, et fait ce qu’elle peut pour le présenter comme seul choix. Jusqu’à présent, la Russie a influé sur les résolutions de l’ONU, et a empêché la solution politique, afin de faire passer cette idée, tandis que les États-Unis, et depuis la fameuse note de service 2003 de Colin Powell, ils n’ont pas cherché à changer le régime d’Assad, et n’ont jamais annoncé une telle orientation, mais exigeaient du régime un changement dans son comportement. Cependant, il ne semble pas que les Etats Unis tiennent spécifiquement au maintien d’Assad au pouvoir, mais plus à ce que la Syrie reste un « pays ami » qui joue son rôle dans la stratégie américaine au Moyen-Orient.

-les responsables et les politiques Américains répétant toujours, que leur effort principal est porté seulement sur la lutte contre « l’organisation de l’Etat islamique (Daech ») en Syrie et dans la région. Les Etats Unis ne forment aucune objection à tout effort dans ce sens, quel que son auteur, tant que cet effort ne les engage pas ni politiquement ni stratégiquement.  C’est pourquoi ils n’ont pas formulé d’objection à l’intervention militaire de la Russie, qui a été justifiée par la lutte contre le terrorisme, alors qu’ils ont refusé sa participation à la coalition internationale qu’ils conduisent à cette fin. Il est à noter que les États-Unis sont habités par leur capacité de renverser les équations qui les dérangent chaque fois que cela s’avère nécessaire.

Pour sa part, Moscou est intervenu pour un certain nombre d’objectifs, incluant peut-être sa volonté de se mesurer aux Etats Unis et tester sa disposition pour entrer dans un échange des services et des intérêts et un partager d’influence, basé sur l’illusion d’une politique de retrait des Etats Unis au Moyen-Orient, plutôt que d’une volonté de rivalité sur la scène internationale, dont elle ne dispose pas les moyens.

7-       Le sort de l’intervention russe en Syrie

Un an après l’intervention russe, et une évaluation des résultats obtenus par rapport aux objectifs qui l’ont motivée, la question se pose de plus en plus quant à sort de cette intervention. Il est vrai que la Russie a été en mesure de redresser le régime et le remettre sur ses pieds après s’être effondré à Idlib, et il est également vrai que l’intervention a affaibli l’opposition armée à un point qui ne peut être estimé avec précision avant la fin du conflit. Cependant, elle a essuyé des défaites qui  ne sont pas dignes d’un Etat de son envergure, comme sa défaite au nord de la ville de Hama au printemps de cette année, et dans la bataille des Koliats à Alep après le levé du blocus sur Alcastelo. La Russie n’a pas réalisé un bouleversement  dans les rapports des forces à moins qu’elle y parvienne par son offensive contre Allep qui sévit actuellement. Elle n’a pas non plus réussi à fabriquer une opposition politique qui accepte sa solution politique, qu’elle n’a toujours pas réussi à faire passer. L’image de la Russie a été ternie par les crimes qu’elle a commis, ce qui renforce son isolement diplomatique.

Plus important encore, les faits montre que la Russie, qui a été toujours soucieuse de ne pas s’enliser dans le bourbier syrien, semble y sombrer selon un rythme irréversible, et toute possibilité de faire marche arrière semble lui échapper.

Quant aux objectifs à portée internationale de cette intervention, il semble que ni les Etats Unis ni  l’Union européenne ne soient sensibles ou forcés à résoudre les dossiers en suspens avec la Russie.

L’ensemble des faits entourant l’intervention russe dans sa première année, indiquent sa transformation en un véritable enlisement très couteux. Moscou est-elle actuellement convaincue qu’elle est dans une véritable difficulté en Syrie? Le niveau de violence pratiquée, et l’usage excessif de la force, à Alep et sur d’autres fronts, qui ne nécessitent pas un tel niveau de force ou ni de telles armes, en plus de la confusion dans son discours politique, poussent à dire : Oui, la Russie est dans l’impasse.