Table de matières

  1. Introduction
  2. Le conflit sur la Syrie entre les mains des Américains et des Russes
  3. L’Occident se gratte la tête (L’Occident se cherche)
  4. L’appel au rôle régional
  5. Les opportunités disponibles devant la société internationale pour surmonter la situation d’incapacité actuelle
  6. Les options de l’opposition

 

 

1.      Introduction

Le cinquième veto russe a fait échouer la proposition d’une résolution, émanant de la France, visant à faire cesser les violences à Alep, à l’occasion de la réunion du Conseil de sécurité qui s’est tenue le 18 octobre. Ce faisant, le veto russe fait perdre au Conseil son crédit et enlève toute efficacité de son rôle. En effet, les positions de la Russie et des États-Unis, vis-à-vis de la question syrienne, au cours des six dernières années, ont dangereusement mis la communauté internationale dans une situation d’impuissance sans précédent. Le vrai danger d’une telle situation réside dans les messages qu’elle comporte, menaçant d’un désordre international, d’un dénigrement du droit international et de l’opinion publique internationale, l’échappement de la force à toute contrainte juridique et éthique, et l’abandon des petits pays à leur sort, ouvrant ainsi la porte à des guerres d’influence trop coûteuse pour l’humanité. Comment les choses en sont venues à cette situation ? La communauté internationale dispose-t-elle encore d’une sortie pour surmonter cet état d’impuissance ?

2.      Le conflit sur la Syrie entre les mains des Américains et des Russes

L’intervention militaire de la Russie en Syrie, il y a un an, à la demande de l’Iran et du régime syrien, a constitué un tournant dangereux pour la révolution syrienne. Et elle a modifié de manière significative les rapports de force sur le terrain, en faveur du régime et de ses alliés, qui étaient sur le point de s’effondrer. Les Russes ont adopté dans leur guerre barbare contre le peuple syrien, une politique de la terre brûlée, un classique de leur stratégie militaire. Cette intervention a été précédée par une « orgie » politique au Conseil de sécurité par l’utilisation répétée du droit de veto, afin d’assurer au régime syrien une couverture politique et une mise à l’écart contre toute poursuite internationale. A ce titre le régime syrien a bénéficié d’une « immunité » jamais accordé à un Etat dans l’histoire des Nations Unies, excepté «Israël».

Par ailleurs, les États-Unis ne se sont pas opposés à l’intervention russe. Et malgré une réitération de leur position ferme contre une solution militaire en Syrie, néanmoins, ils n’ont jamais manifesté une position sérieuse, à même de refléter leur véritable politique concernant la question syrienne, et de provoquer une réaction de la part des Russes et de leurs alliés. Au contraire, l’administration américaine adopte une position indifférente entourée du mystère et de mollesse qui place tous les observateurs (les Etats comme les individus), dans un labyrinthe de spéculation sans certitude.

De nombreuses questions s’imposent dans ce contexte relativement aux positions américaine et russe, et restent à présent sans réponse. Telle par exemple la question de savoir si les États-Unis considèrent la présence russe en Syrie, avec tout ce qu’elle entraine comme destruction et des morts, sert la stratégie étasunienne, tant qu’elle n’engendre pour eux aucun coût stratégique ? Ou bien les Américains entrainent-ils les Russes vers un bourbier éreintant, sans se soucier du coût humain, politique et moral de cette position ? Il est vrai que les motifs les plus importants qui ont incité la Russie à l’intervention militaire, est la recherche, à travers le dossier syrien, d’un moyen de négociation concernant d’autre dossiers, toujours en suspens avec l’Occident. Cependant, et à moins d’être aveuglée par la recherche de ses intérêts, la Russie n’est-elle pas consciente de la gravité de son action ? A-t-elle choisi de mener une féroce guerre d’influence avec l’Occident dans le Moyen-Orient ? Si cela flirte avec l’imagination des dirigeants russes, la Russie est-elle en mesure de faire face aux conséquences et implications de son action ? Il y a beaucoup de doutes quant à cette possibilité, malgré tout le matraquage médiatique mené et l’arrogance des responsables Russes.

Le 9 septembre dernier, a été signé à Genève l’accord Kerry-Lavrov, qui comprenait la cessation des hostilités à Alep, et l’acheminement de l’aide humanitaire aux civils qui y sont pris au piège, et dont le nombre attient plus d’un quart de million de personnes. Cet accord a échoué tout comme celui qui l’a précédé le 22 février dernier conclu par les deux ministres, et qui concernait la trêve. Ce dernier accord n’a pu être appliqué parce que le Pentagone et les services de renseignements américains ont refusé de coopérer avec les Russes conformément à une clause qui prévoyait la mise en place d’une une cellule exécutive commune, à travers laquelle s’échangent les informations de renseignement entre les deux parties. Cette clause représentait pour les Russes la motivation principale pour signer l’accord sus mentionné. A la suite de cet échec, les Russes ont déversé leur colère sur la partie Est de la ville d’Alep, détruisant des quartiers entiers et tuant des centaines de civils par des raids hystériques et en employant des armes interdites internationalement, et en déployant des capacités sophistiquées qui ne sont aucunement pas justifiées ni par les capacités de l’adversaire, ni par la nature du conflit. Ce qui laisse entrevoir une volonté chez les Russes de reprendre Alep sous prétexte de combattre le Front «al-Nusra ». Si la Russie et ses alliés atteignent cet objectif, cela constituera pour Moscou un avantage stratégique, et bouleversera les rapports de force sur le terrain, ce que les Russes souhaitent pour faire passer leur vision de la solution politique, dont la quintessence consiste dans le maintien d’Assad. L’entêtement des Russes ne sera surement pas fléchi par les avertissements de Kery qui avait annoncé que «  la reprise d’Alep ne mettra pas terme à la guerre ».

3.      L’Occident se gratte la tête (L’Occident se cherche)

Il est clair, que la gravité aussi bien quantitative que qualitative de la violence exercée par la Russie à Alep, et la probabilité de sa reprise a effrayé l’Occident, notamment face à l’inaction délibérée des États-Unis, qui se sont contentés en septembre dernier d’interrompre leurs pourparlers avec les Russes concernant la Syrie. Il a été également annoncé que le président Obama avait demandé à son équipe pour la sécurité nationale de lui fournir des options qui peuvent servir de base à son action. Il est apparu par la suite qu’il s’agissait juste d’une mesure fallacieuse, étant donné que toutes les options militaires ont été exclues, pour réaffirmer l’attachement de l’administration américaine à la solution diplomatique, alors qu’une annonce d’abandon d’une telle option a été faite précédemment.

 

Les Européens craignent qu’une victoire de la Russie à Alep, et plus tard en Syrie, avec une position américaine obscure, encouragerait la Russie à une confrontation directe avec eux. C’est pourquoi, ils ont déployé leurs moyens diplomatiques afin de brider le déchaînement russe. La première initiative est venue de la France, avec un projet de résolution présenté le 8 octobre au Conseil de sécurité, appelant à la cessation des hostilités à Alep, en interdisant les survols militaires, et la livraison des aides et de matériel de secours. Ce projet a échoué suite au veto russe, qui est le cinquième veto que Moscou a utilisé pour empêcher l’action onusienne relativement à la tragédie syrienne. Moscou qui a présenté à la hâte, et à la même cession un contre projet, lequel n’avait pas abouti parce qu’il n’a recueilli que quatre voix, dont celle de la Russie elle-même.

Le choc provoqué par le veto russe, a incité les Européens à intensifier la pression diplomatique et politique sur la Russie en l’accusant de violer le droit international et de commettre des crimes assimilables à des crimes de guerre. Une séance a été tenue par la Chambre des communes britannique pour condamner l’agression russe, et le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, avait annoncé dans cette séance que « il est temps de chercher d’autres options en Syrie, y compris des options militaires ». Il a, toutefois, insisté sur le fait « que toute action doit se faire au sein d’une alliance avec les Etats-Unis », concluant « nous avons encore beaucoup de chemin avant d’y parvenir ».

De son côté, la France a fait savoir qu’elle hésitait à recevoir la visite du président russe à Paris, qui était prévue sur le 19 octobre dernier, lorsque le président Français, a proposé que la rencontre avec son homologue Russe se réduise à une simple « visite de travail centrée sur la Syrie ». Le président Russe avait alors annulé sa visite. Le ministre français des Affaires étrangères a également fait savoir que la France continuerait à faire pression sur la Russie.

Les grands journaux européens, et de nombreux médias se sont engagés dans une massive campagne médiatique, exposant les exactions russes en Syrie, en mettant sur leurs premières pages les photos des enfants syriens sous les décombres.

Les Européens sont conscients qu’une telle pression politique et médiatique, qui a mis la Russie dans l’isolement diplomatique, n’est pas suffisante pour dissuader la Russie et l’inciter à faire machine arrière, ce qui pose la question quant à la motivation des Européens : essaient-ils de faire passer la Russie pour un « danger » et faire naître une hostilité à son égard ? Ou est-ce une tentative de combler le vide créé par la politique de l’administration américaine, et l’état d’inertie qui règne à cause des élections américaines ?

A considérer la réaction et l’état d’alerte qui s’en est suivi en Russie, suggère que l’Occident vise ce double objectif, à savoir, freiner la frénésie de la Russie ou du moins l’atténuer, et préparer l’opinion publique en Occident à un future affrontement avec elle ? Les occidentaux préféreraient, sans doute, que si un tel affrontement a lieu, qu’il se déroule dans la région du Moyen-Orient. Dans une interview avec l’agence russe « RIA Novosti », l’ancien président soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, avait averti que le monde « s’approche gravement de la zone du danger ».

Face aux actions européennes, les médias russes exercent un tapage et une galvanisation de l’opinion publique russe. Les responsables politiques et militaires Russes multiplient les menaces tacites contre l’Europe, et évoquent la disponibilité, et la capacité de la Russie à tout affrontement. A ce titre, le porte-parole de l’armée russe, le général Igor Concnikov, a mis en garde la Maison Blanche, le Pentagone et le ministère des affaires étrangères américain « des conséquences de toute action militaire en Syrie ». Et sur la chaine Russia 1, le lieutenant-colonel Dmitry Kiselev, qui est également le directeur de l’agence « RIA Novosti » avait déclaré « nous allons abattre les avions américain », il a poursuivi en affirmant « les Américains veulent utiliser la force contre les forces armées d’Assad et contre les avions russes, mais nous ne devons pas avoir peur des provocations américaines », tout en avertissant que « les missiles installés à kalingerad près de la Pologne peuvent être équipé d’ogives nucléaires ». En outre, le ministère de la défense russe a annoncé le renforcement de sa présence navale dans la Méditerranée orientale, en envoyant son porte-avions « Kuznetov », accompagné des meilleurs navires militaires et croiseurs de la marine russe, alors que la Douma avait ratifié la présence permanente des troupes russes dans la base de Humaimam en Syrie.

Dans le même temps, le gouvernement russe fait face à un mécontentement interne, qui est susceptible de s’étendre, à cause de la tension et des difficultés économiques engendrés par la politique « jusqu’au-boutiste » du président Russe dans sa confrontation avec l’Occident, dont l’un des théâtres est Syrie.

Il ne fait aucun doute que cette politique de Poutine, reflète un sentiment de perplexité et d’inquiétude face à la menace stratégique posée par l’extension de l’OTAN, par les sanctions et les autres dossiers, qui intensifient un déséquilibre insatisfaisant dans les relations de la Russie avec l’Occident. Cet état de mécontentement interne reflète l’enlisement de la Russie en Syrie et en Ukraine. Cependant, ce mécontentement prend actuellement un aspect élitiste, se manifestant par des analyses et des opinions exprimées par des intellectuels, dont la dernière en date était une pétition signée par des centaines d’intellectuels Russes, appelant Poutine à reconsidérer sa position vis-à-vis de la Syrie et à s’en retirer.

Dès lors certaine questions se posent comme celle de savoir si la Russie est prête à un éventuel affrontement et est-ce qu’elle le souhaite, ou bien elle aura plutôt tendance à calmer le jeu ? Est-ce que la Russie craint une action militaire de la part des Etats Unis ?

Lorsque le président Russe déclare à la veille de la Conférence de Lausanne qu’« il est difficile d’engager des discussions avec l’administration américaine actuelle », cela signifie qu’il est trop tard pour qu’il fasse des concessions pour une administration sur le point de partir, et qu’il doit attendre la prochaine administration, dont il ignore les orientations, mais avec laquelle il souhaite établir un dialogue.

Il est naturel que la Russie craigne que les États-Unis optent pour l’action militaire en Syrie, car cela la mettra dans l’embarras ou la pousse vers l’affrontement, qu’aucune des deux parties ne souhaite. En effet, bien que les faits sur le terrain soient à son avantage, la Russie tient à ses relations avec les Etats Unis, car elle tire la légitimité de sa présence en Syrie, de cette relation, sous le couvert de son engagement pour une solution politique, plus que de la demande syro-iranienne d’intervenir. Il est peut-être utile de rappeler ici la position russe, quand le président Obama a menacé d’un recours à l’action militaire après l’utilisation des armes chimiques, et comment la Russie s’était empressée d’affirmer qu’elle n’avait aucune intention d’entrer en confrontation militaire avec les Etats Unis. La crise s’était finalement soldée par une entente sur le désarmement du régime syrien de son arsenal chimique.

 

4.      L’appel au rôle régional

Au plus fort de la campagne européenne contre la politique russe, il était curieux de voir Moscou appeler de manière unilatérale à une conférence à Lausanne, le 15 octobre dernier, à laquelle les pays européens n’ont pas été invité, et ce, un jour avant la date de la Conférence de Londres tenue par le noyau dur des Amis du peuple syrien. Que voulait donc Moscou à travers cette conférence à Lausanne? Est-ce une tentative pour briser l’isolement dans lequel elle s’est enfermée? Ou est-ce une tentative de calmer le jeu et d’atténuer les tensions?

Les Etats qui ont été invité à Lausanne, sont les États-Unis, la Turquie, l’Arabie Saoudite et l’Iran. Cette dernière avait hésité à y participer avant d’accepter lorsque sa condition d’inviter l’Irak a été satisfaite. Par la suite, ont été invité la Jordanie, l’Egypte, le Qatar et l’envoyé international pour la Syrie Staffan de Mistura.

Juste avant la réunion le ministre Russe des affaire étrangère a déclaré que la Russie ne proposera  pas de nouvelles initiatives, et que la réunion sous sa forme resserrée, ambitionne à « des entretiens de travail, et non pas à des discussions, comme celles qui ont lieu à l’Assemblée générale », tout en exprimant son espoir que cette conférence « aidera dans le lancement d’un dialogue sur la base des principes énoncés dans l’accord russo-américain qui a été très bien accueilli, mais qui n’a pas été mis en application ». Ceci s’accorde avec la déclaration du porte-parole de la Maison Blanche qui a annoncé que « Washington reste déterminé à s’engager dans un effort multilatéral pour réduire la violence en Syrie, ce qui inclut nécessairement Moscou ».

Le lendemain de réunion de Lausanne, il y a eu la Conférence de Londres. Les deux réunions n’ont donné lieu à aucune déclaration. Cependant, ce qui n’a pas été proclamé après Lausanne, a été dévoilé par les développements ultérieurs, comme la surprenante position turque qui a fermement exigé, par son ministre des affaires étrangères du Front « Jabhat Fath Al-cham » de sortir d’Alep. Ce qui repose la question du degré du changement de la position turque, et les ententes qui en ont découlées, et comment cela se reflétera sur la révolution syrienne, en particulier à Alep, sans oublier le silence de l’Arabie Saoudite ?

Après une annonce russe pour une trêve de 8 heures à Alep, le ministre russe des Affaires étrangères a annoncé une trêve indéterminé, et l’arrêt des bombardements à partir du 18 octobre, afin de permettre l’application du plan de Mistura, qui a proposé l’évacuation du front « Nusra » d’Alep comme un prélude à la séparation entre les « partis modérés » et les groupes « terroristes » dans l’opposition armée syrienne.

Un sommet germano-franco-russe s’est tenu ensuite à Berlin pour discuter essentiellement de la situation en Syrie, comme un effort supplémentaire. Dans la même sens, l’appel lancé pour une rencontre entre militaires et les responsables de sécurités des pays ayant participé à la conférence de Lausanne, en plus de la France et de la Grande-Bretagne, pour discuter de la situation terrain à Alep et préparer les listes séparant entre l’opposition modérée et l’opposition extrémiste, dont au premier rang se trouve le front « al-Nusra ».

Un effort diplomatique frénétique reflétant des arrangements qui ne sont pas encore connus, ont permis l’arrêt des bombardements russes d’Alep. Même s’il est encore tôt de tirer des conclusion relatives à cet effort, il est clair qu’il a été fait appel aux pays de la région, concernés par le conflit,  pour jouer un rôle avec l’effort européen à cet égard, et qui a l’approbation de la Russie, pour geler  le conflit ou du moins l’apaiser pendant cette période d’attente que traverse la vie politique américaine, surtout si l’on prend en compte le début de la bataille de Mossoul, pendant laquelle rien ne doit venir perturber l’administration américaine, en ouvrant d’autres fronts.

Quelle que soit les ententes internationales et régionales qui ont été conclues ces jours-ci, il est certain qu’elles ont été, dans une large mesure, conclues au détriment de la révolution syrienne, ce qui imposera à l’opposition syrienne, aussi bien politique que militaire, des charges peu enviables.

 

5.      Les opportunités disponibles devant la société internationale pour surmonter la situation d’incapacité actuelle

S’interroger sur les options disponibles pour la communauté internationale, après l’échec et l’incapacité du Conseil de sécurité, organe chargé de maintenir la paix internationale et la sécurité internationale, nous conduit évidemment à reconnaître que ces options dépendent du bon vouloir des grandes puissances, détentrices du droit de veto et d’une grande capacité d’action. Il s’agit ici des États-Unis, dont l’inaction a encouragé la Russie à recourir au veto de manière irresponsable, et préjudiciables pour la communauté internationale. Ce qui aura des effets désastreux pour l’avenir des relations internationales.

Lorsque les deux puissances se mettront d’accord et en premier abord les Etats-Unis, pour réactiver le rôle du Conseil de sécurité, celui-ci retrouvera sa capacité d’agir et la force d’imposer sa volonté aux partis récalcitrants.

Il est de la nature des relations internationales et de leurs exigences de poursuivre l’effort diplomatique tout en usant d’autres moyens de pression, même si elles ne sont pas contraignants et n’aboutissent pas à des résultats rapides. Ce genre d’action, qui consiste à accumuler les initiatives rend naturel et compréhensible l’initiative de la Nouvelle-Zélande qui a proposé un nouveau projet de résolution appelant à une cessation de la violence à Alep, tout en facilitant l’accès les convois de secours de l’ONU, deux semaines après le dernier veto russe.

Une autre option fournie par le système des Nations Unies, lorsque le Conseil de sécurité se trouve paralysé. Il s’agit d’une procédure connue sous le nom de la résolution (377) dite         « Union pour le maintien de la paix ». Selon les termes de cette résolution l’Assemblée générale peut suppléer le Conseil de sécurité « dans tout cas où paraît exister une menace contre la paix, une rupture de la paix ou un acte d’agression et où, du fait que l’unanimité n’a pas pu se réaliser parmi ses membres permanents, le Conseil de sécurité manque à s’acquitter de sa responsabilité principale dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, l’Assemblée générale examinera immédiatement la question afin de faire aux Membres les recommandations appropriées sur les mesures collectives à prendre ». Cette procédure a été utilisée une dizaine de fois, comme à l’occasion de la guerre des Corées en 1950.

Cette possibilité est ouverte et peut aboutir en raison de l’ampleur des crimes et des violations commises par les Russes. Cependant, un problème majeur se pose quant aux pays capables, et assez enthousiastes, pour prendre une telle décision d’affronter militairement la Russie et ses alliés. A moins d’être menée par les États-Unis, une telle entreprise ne peut aboutir et ne donnera qu’une autre résolution qui serait rangée avec toutes les autres qui n’ont pas été mise en œuvre, affaiblissant d’avantage l’Organisation.

Malgré cela, et sur la base de cette possibilité, l’Arabie Saoudite et le Qatar ont préparé un projet de ce genre pour la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité 2164/2015 et 2254/2016, relativement aux clauses visant à lever le siège sur les villes assiégées, à livrer le matériel de secours, et à cesser de viser les civils. À ce jour le projet a recueilli l’approbation de 100 pays. Le Canada et la Principauté de Liechtenstein ont également présenté une demande au Président de l’Assemblée générale de convoquer une réunion de l’Assemblée pour discuter de la situation syrienne, et dans le même sens la haute commission de négociation a adressé une lettre au Président de l’Assemblée générale, pour lui demander de convoquer une réunion de l’Assemblé à ce titre.

Une autre option existe, mais elle peut se heurter  à la réticence des puissances dominantes dans l’Organisation. Il s’agit d’une proposition venant de la part du ministre des Affaires étrangères français, après le veto russe, de réexaminer le droit de veto, et de limiter son utilisation dans des cas et selon des procédures spécifiques, afin d’empêcher de paralyser le Conseil de sécurité. L’importance de cette proposition vient du fait qu’elle émane pour la première fois d’un Etat membres permanents possédant le droit de veto.

Une dernière option à laquelle l’on peut avoir recours à condition d’avoir la volonté suffisante. Cette option a déjà été  exercée en 2003 pour envahir l’Irak. Elle consiste pour un ou plusieurs membres permanents d’agir en dehors du Conseil, lorsque celui-ci est paralysé par le veto d’un autre membre, comme ce fut le cas en 2003, quand la Russie opposait son droit de veto. Une telle initiative vise à réhabiliter le droit international, menacé par le comportement de la Russie, en dépit de ses prétentions de vouloir  maintenir la paix et la sécurité internationales. Elle permettra également l’application du droit international humanitaire et la protection des civils contre les attaques de l’aviation russe. le problème qui surgit ici, est que les seuls Etats capables de prendre une telle initiative sont les États-Unis et ses alliés la Grande-Bretagne et la France, alors que ces pays , et en particulier les États-Unis, n’ont pas l’intention de s’impliquer dans une guerre en Syrie jusqu’à présent.

 

6.      Les options de l’opposition

 

Il faut à présent évoquer les options qui se présentent à l’opposition syrienne, aussi bien politique que militaire, qui traverse, sans doute, la période la plus difficile depuis le début de la révolution syrienne. Car il est probable que les Etats régionaux qui la soutiennent ont conclu, ou ont été forcés à des arrangements qui ne vont pas nécessairement dans le sens de l’intérêt de la révolution syrienne, et sans que cette opposition soit préalablement consultée. Ceci aura pour effet d’avantage de pression sur l’opposition et d’avantage de déception.

Cependant, l’opposition politique en particulier, ne doit pas avoir des réactions précipitées et passionnelles, susceptibles d’être générées par un sentiment d’amertume. Il sera certainement plus utile pour l’opposition de poursuivre son rôle de faire connaitre et exposer la cause syrienne devant la communauté internationale et l’opinion publique mondiale, de renforcer la détermination du peuple syrien à l’intérieur, et de mobiliser les Syriens qui se trouvent en dehors de la Syrie, car il se peut que ces arrangements  internationaux et régionaux soient conjoncturels, susceptibles d’être balayés à tout moments par le conflits des intérêts contradictoires. La situation actuelle nécessite plus que jamais l’intégration de toutes les         « factions » dans un programme national général afin d’empêcher la Russie de faire passer sa proposition de cataloguer l’opposition syrienne entre « extrémistes » et « modérés », en vue de liquider cette opposition, faction après faction de manière successive.