Table de matières

  1. Introduction
  2. Du pacifisme et de la militarisation
  3. L’entraînement de la société vers la militarisation
  4. L’Armée Libre et sa création
  5. Le rôle des Etats régionaux
  6. Le rôle des États-Unis dans la militarisation
  7. Conclusion

 

1.      Introduction

Le phénomène de la militarisation, qui a marqué la Révolution syrienne de son sceau quelques mois après son commencement, a suscité beaucoup de controverses et de discussions sur le caractère inéluctable ou non de ce changement. Un examen objectif de ces controverses, révèle chez ceux qui s’opposent à la militarisation, et ce abstraction faite de leur motivation qui cèle par fois une position antirévolutionnaire, une volonté de dissocier cette grande révolution de son contexte historique qui l’a vue naître et de l’ensemble des complications accumulées par la violence et la barbarie du régime, par l’ingérence extérieure excessive, et par les conflits des projets d’intérêts et d’influences contradictoires, aussi bien mondiaux que régionaux. Cette ingérence régionale et internationale, a mis à nu la nature du régime syrien, et ses engagements complexes et parfois contradictoires, et la nature profonde du rôle qui lui a été assigné pendant des décennies, dans cette région sensible du monde.

Dans un tel contexte de nombreuses questions qui s’imposent. Etait-il possible que le caractère pacifique de la révolution syrienne, qui s’est manifesté sous ses plus belles formes, perdure face à la violence du régime ? Les fleurs de Ghiath Matar à Darya, ou des manifestants de la place Aaçi à Hamah auraient-elles pu être acceptées par les membres des services du régime et de ses Shabiha ? Est-ce que la militarisation faisait réellement partie des objectifs tacites des révolutionnaires ? Est-ce que la militarisation a été préjudiciable pour la révolution ? De quelle manière ? Est-ce que la militarisation de la révolution a mis fin à la lutte pacifique après tant de sang syrien versé ?

Tenter d’apporter des réponses objectives aux questions que pose le phénomène de militarisation de la révolution syrienne, même de manière partiale, impose par principe de regarder ce qui est arrivé en Syrie depuis le 18 mars 2011, comme la révolution d’un peuple en quête de liberté et de justice, qui s’est révolté pour sa dignité. Et il ne s’agit aucunement d’un mouvement partisan, sectateur, ou régional, motivé par une réclamation spécifique, ou en réaction à un quelconque dysfonctionnement de l’Etat. La situation en Syrie a accumulé, depuis la prise du pouvoir par le parti Baas en mars 1963, tant de répressions, de brimades, de marginalisations et de corruptions perpétrée par le régime, à même de faire naître plus d’un révolution. Si l’action pacifique et l’action militaire se présentent toutes les deux comme des outils révolutionnaire, leur usage est fonction du contexte révolutionnaire. En effet, lorsque les objectifs d’une révolution et ses outils concordent, dans un contexte objectivement favorable, et bénéficiant d’une large adhésion sociale, ces objectifs deviendront réalisables et les coûts humaines et matériels seront moindres. Et puisque tel n’est pas le cas en Syrie, il devient alors légitime de s’interroger sur les facteurs qui ont contribué à la transition de la révolution syrienne vers la militarisation, et les conséquences d’une telle évolution. Il est admis que toute révolution est régie soit par un contexte pacifique, soit par un contexte violent. Ce qui favorise un contexte par rapport à un autre, est la position du détenteur du pouvoir, qui dans le cas syrien a délibérément eu recours et de manière systématique à la violence depuis la troisième semaine de la révolution, et a commencé à tirer sur les manifestants, en accusant des personnes cachées parmi eux.

 

2.      Du pacifisme et de la militarisation

L’histoire des révolutions, aussi bien anciennes que récentes, ne nous fournit pas beaucoup d’exemples des révolutions exemptes de violence. Il s’agit ici bien évidement des révolutions qui ont éclatées contres des régimes autoritaires et non pas des révolutions nationales contre une force occupante. Par exemple, les révolutions en Hongrie en 1956, en Tchécoslovaquie en 1968, en Pologne en 1972 et la révolution verte en Iran en 2009, ont toutes été réprimées avec une violence franche, malgré leur caractère purement pacifique. Alors que les révolutions de couleur en Europe de l’Est, en Roumanie, en Hongrie, et en l’Ukraine, en plus de ce qui est arrivé en Géorgie, n’ont rencontré aucune résistance violente de la par des autorités. De même la Révolution du Cèdre au Liban en 2005, et celle du 25 janvier 2011 en Egypte. En revanche la révolution Bouazizi en Tunisie, et la révolution yéménite (dans les deux premières années), ont été quelque peu entachée par la violence. Quant aux révolutions de la Libye et de la Syrie, la violence par laquelle les régimes en place les ont affrontées a dépassé l’imagination et les prévisions.

L’examen de ces expériences montrent que la première vague de révolutions de l’Europe de l’Est est intervenue dans le contexte de la guerre froide, les chars soviétiques étaient prêts pour l’invasion de la Hongrie, la Tchécoslovaquie et la Pologne, afin de maintenir en place les régimes de ces pays. Concernant la deuxième vague, l’Union soviétique s’était déjà effondrée et avec elle la guerre froide, le changement semblait être un aboutissement logique. Les régimes en place avaient perdu leur raison d’être et leur force d’affronter le changement, à ce titre, l’exemple le plus éloquent est peut-être la chute de Ceausescu. Au Liban, le choc de l’assassinat de Hariri, et la mobilisation des forces extérieures, ont permis de brider les forces qui avaient la main mise sur le pays de s’en prendre à la révolution. La situation en Egypte était plus confuse et contradictoire, puisque l’armée, qui a protégé un millions de manifestants pendant la première révolution en janvier 2011, et a refusé de les réprimer, est la même qui a réprimé de manière violente et cinglante les manifestants dans la seconde révolte en juin en 2014. Cela nous amène à rechercher quels sont réellement les pouvoirs qui contrôlent les décisions, leur centre de gravité et la nature des conditions qui régissent leurs décisions !

En somme, chaque révolution est subordonnée à sa propre condition, et ne peut pas nécessairement évoluer selon un plan préétabli. Les spéculations qui évaluent toutes les révolutions de la même façon et les analysent de manière purement théorique, constituent des tentatives infructueuses ou un moyen d’échapper aux devoirs éthiques que requiert les changements profonds.

 

3.      L’entraînement de la société vers la militarisation

Les Syriens n’ont jamais été des partisans de la violence, et ils n’ont jamais manqué la moindre occasion pour exprimer leurs demandes de réforme de manière pacifique. Témoigne en leur faveur leur activisme pendant la première décennie du siècle, lorsque des déclarations appelant à la réforme ont été publiées (la déclaration des 99 et la déclaration des 1000). Des forums ont été également mis en place à travers toutes les villes du pays, où ont été engagés des débats sur la réforme, ses exigences et ses dimensions. Ce mouvement appelé le « Printemps de Damas », a été interrompu par le régime par des arrestations et des poursuites, sous le prétexte d’empêcher un glissement vers une « algérisation », comme l’avait déclaré à l’époque le vice-président, Abdel Halim Khaddam, dans un discours. Nonobstant ce, les militants Syriens ont continué leur activisme autant que les circonstances le permettaient.

Les Syriens ont commencé à manifester de manière pacifique en mars 2011, ces manifestations qui se sont répandues à travers toutes les villes syriennes, en solidarité avec les martyrs de Daraa tués par le régime dans le massacre d’Al-oumary, qui avaient manifesté pour la libération des enfants détenus à cause de quelques graffitis faits par des enfants sur les murs de leurs écoles.

Le régime a opposé aux manifestants la violence physique, en faisant appel à ses « Shabiha » embrigadés parmi les fonctionnaires, dont certains y ont été forcés. Cette nouvelle façon dont le régime a usé pour faire face aux manifestants, a divisé la société syrienne en deux parties, les partisans et les opposants, pour pouvoir les opposer ensuite les uns aux autres.  Cette méthode a duré quelques mois, lorsque le régime a commencé à utiliser des balles réelles, faisant des morts parmi les manifestants, selon le plan sécuritaire qu’il avait adopté pour affronter les manifestants révoltés.

Les manifestants ont été donc entraînés méthodiquement vers la militarisation, car celle-ci n’a jamais été un objectif des manifestants pacifiques qui se sont révoltés pour leur liberté et leur dignité. Cependant, la violence employée par les forces du régime contre les manifestants, à commencer par les tires des balles réelles, en passant par les opérations d’arrestation et de détention, puis la torture en prison jusqu’à la mort, tout cela a poussé les gens à prendre les armes.

Le phénomène de la dissidence au sein de l’armée par des militaires ayant refusé de tirer sur leur propre proches, après que le régime a déployé l’armée dans les villes révoltées, a contribué à accélérer le passage à la militarisation. La poursuite par le régime syrien de sa politique meurtrière, l’amplification des crimes de torture et de viol, et la multiplicité des massacres, sans que la communauté des pays arabes et la communauté internationale ne puissent faire le moindre geste pour mettre fin à ces exactions, ont participé à cette transformation.

L’observateur de la révolution syrienne, constate clairement que la plupart des civils qui ont rejoint l’armée syrienne libre, sont les mêmes qui prenaient la tête des manifestations pacifiques, et ceux qui portaient des banderoles et des pancartes demandant le renversement du régime et l’établissement d’un Etat de liberté et du droit. C’est donc bien plus tard que les appels à la militarisation de la révolution se sont levés pour motivés par la volonté de se défendre et de défendre les manifestants. Par ailleurs, l’une des raisons qui ont conduit à la création de l’armée libre était celle d’assurer une protection effective de ces manifestations pacifiques, et empêcher les forces de sécurité et l’armée de mener des agressions contre les civils.

La libération par le régime de détenus islamistes de ses prisons dans la première année de la révolution était une manœuvre supplémentaire vers l’entraînement de la révolution vers la militarisation. En effet, la libération d’un certain nombre de dirigeants extrémistes que le régime détenait en particulier dans les prisons Palmyre et Sidnaya, permettait de donner à la révolution une coloration religieuse radicale et extrémiste.

Cette étape était peut être une étape décisive qui a contribué à changer le cours des événements sur le terrain à travers toute la Syrie, et a donné au régime un prétexte pour déployer l’armée dans les villes et les villages, semant la mort et la destruction, puis faire venir ouvertement, les milices sectatrices du Liban, de l’Iran et de l’Irak.

Le régime syrien a utilisé toutes ses forces pour provoquer la militarisation de la révolution. Le recours aux armes de la part des révolutionnaires a constitué un changement voulu par le régime, qui lui a permis de les entraîner vers le terrain de la violence qu’il maîtrise bien, même si ce recours aux armes par les révolutionnaires était animé par un besoin de se défendre. Ce phénomène s’est étendu progressivement à toute la Syrie.

 

4.      L’Armée Libre et sa création

La poursuite de la révolution et l’obstination du régime à continuer la répression et l’effusion de sang, a provoqué un mouvement de défections dans les rangs de manière successive, où les premiers signes de ce qui a été appelé « l’opposition armée » ont vu le jour. Par la suite, un mouvement armé a été formé sous le nom de « Mouvement des officiers libres ». Les défections se sont succédées dans les rangs de l’armée, pour annoncer en suite la mise en place de l ‘« armée syrienne libre » pour défendre le peuple syrien contre le régime oppressif et tyrannique.

Il est possible de diviser le processus de la constitution de l’armée libre en plusieurs étapes :

La première étape : elle a commencé au début du mois de novembre 2011, lorsqu’un « conseil militaire provisoire » a été mis en place avec à sa tête Riad al-Asaad comme chef, et huit officiers en tant que membres du Conseil. Parmi les objectifs du conseil il y avait celui de faire tomber le régime, la protection des Syrien contre la répression, la préservation des biens publics, la prévention des désordres susceptible de se produire avec la chute du régime.

La deuxième phase : elle a commencé avec l’annonce de la formation d’un organe appelé « Conseil militaire révolutionnaire supérieur », en Février 2012, qui a eu quelques différents avec les anciens dirigeants de l’armée libre.

La troisième phase : elle a commencé avec l’annonce de la formation d’une « direction conjointe de l’armée libre » à l’intérieur du territoire syrien, couvrant les provinces de Damas, Homs, Hama, Idlib, Deir al-Zour.

La quatrième phase : elle correspond à la formation d’un « commandement conjoint des conseils militaires révolutionnaires » au mois de septembre 2012, soit la plus vaste coordination entre les unités de l’armée syrienne libre

La cinquième phase : correspond à la fondation de « Conseil du commandement militaire suprême » en décembre 2012, suite à des négociations successives entre les dirigeants des conseils militaires et les dirigeants des brigades et des bataillons militaires révolutionnaires. Finalement, 261 représentants de ces organes ont été choisis pour former « le groupement des forces révolutionnaires », pour former ensuite « le conseil de direction militaire suprême », représentant la plus haute autorité militaire en Syrie, chargée de planifier les politiques militaires jusqu’à la chute du régime.

La mise en place de l’armée libre n’a pas été sans encombre, des problèmes et des troubles ont surgi tout au long des étapes de sa constitution. Ces phases successives, constituaient des tentatives pour résoudre certains de ces problèmes, d’apporter des réponses à des défis, dont les plus importants étaient celui de surmonter le hiatus qui existait entre les troupes et leurs chefs sur le terrain, et les dirigeants qui se trouvaient en Turquie, le manque de coopération et de coordination militaire entre l’extérieur et l’intérieur. Ceci a conduit, avec le changement dans les politiques des pays de la région, à l’apparition des lignes de conduite contradictoires, sans parler des divisions et des rivalités internes qui ont contribué au départ de certains chefs militaires de l’armée libre.

Un autre facteur qui se rajoute aux précédents doit être cherché dans l’accroissement de l’influence des brigades marquées par leur orientation islamiste salafiste, et l’aggravation des rivalités entre ces brigades récemment constituées et les conseils militaires qui existaient déjà.

Les rivalités extérieures dans le soutien financier ont désavantagé les conseils militaires au profit des brigades islamistes qui recevaient des subventions financières énormes. Ces formations sont donc devenues plus puissantes que les conseils militaires de l’armée libre, au sein de laquelle des cessions commencent à se produire au profit des brigades islamistes mieux financées. Ceci a contribué progressivement à éroder la taille et la capacité de l’Armée syrienne libre, alors que les bataillons et les brigades islamistes progressaient et augmentaient en taille.

Parmi les problèmes qui ont contribué au non-succès du phénomène de l’armée libre, le plus important est peut-être celui de l’absence d’une structure capable d’accueillir les dizaines de milliers de généraux, d’officiers, et de soldats appelés, qui quittent les rangs de l’armée du régime. Les dissidents se retournaient vers leur entourage pour se protéger. Des initiatives individuelles et spontanées se sont alors largement développées, en ce sens que les officiers dissidents rassemblaient autour d’eux des petits groupes armés constitués par des civils ayant accepté de prendre les armes.

Cependant, à mesure que le phénomène des bataillons islamistes armés prenait de l’ampleur, des civils les rejoignaient pour de nombreuses raisons, telles que leurs capacités militaires et matérielles, et le soutien financier dont ces bataillons bénéficiaient. Par ailleurs, beaucoup d’officiers dissidents, dont certains n’ont pas trouvé un accueil au sein des factions islamistes pour mettre à contribution leur expérience, se sont retirés pour se réfugier en Jordanie ou en Turquie en attendant que les conditions s’améliorent.

 

5.      Le rôle des Etats régionaux

Après la prise du contrôle de certains postes frontaliers par l’opposition armée, en particulier entre la Turquie et la Syrie, la relation entre l’opposition armée et la Turquie s’est renforcée, y compris avec l’armée libre et les autres factions armées. Les frontières avec la Turquie sont devenues le principal passage des armes et d’aide logistique à l’opposition armée en Syrie.

La position turque était très claire, lorsque le premier ministre Turque avait déclaré en mai 2013 que l’aide turque destinée à l’opposition syrienne « sera essentiellement une aide logistique » et que ce soutien « continuera ». L’Arabie saoudite et le Qatar étaient le principal soutien en argent et en armes à la révolution syrienne. Ils étaient également le meilleur soutien à l’opposition politique. Ils ont offert aux forces révolutionnaires les moyens de tenir leurs réunions, ces forces qui ont toutes insisté sur la nécessité d’unir et de soutenir les conseils militaires, et l’ensemble des entités militaires révolutionnaires, ainsi que la mise en place d’un haut commandement militaire, qui rassemble en son sein toutes les formations armées.

 

6.      Le rôle des États-Unis dans la militarisation

Le rôle des États-Unis dans la crise syrienne, a toujours été et continue d’être, un facteur essentiel dans son déroulement. Lorsque les Etats-Unis ont pris part au conflit syrien, ils avaient leurs propres plans. Ils avaient montré dès le début une appréhension et une crainte à l’aidée d’un armement de l’opposition, craignant que les islamistes arrivent au pouvoir à Damas. C’est pourquoi, ils se sont abstenus de livrer des armes à l’armée libre, laissant cette tâche à d’autres pays de la région, en insistant sur la nécessité d’encadrer ce soutien. A cet effet, deux cellules de pilotage et de suivi ont été mis en place (M.O.M et M.O.C) en Turquie et en Jordanie. La position américaine a évolué ensuite concomitamment avec l’escalade du conflit en Syrie. Ainsi en mai 2013, le Comité des relations étrangères au Sénat américain a permis le vote d’un projet d’une loi permettant à l’administration américaine d’armer des groupes spécifiques de l’opposition syrienne à une majorité de (15 voix contre 3). Le texte de la loi « donne au président Barack Obama le droit d’armer des groupes de l’opposition syrienne, en conformité avec les obligations spécifiques liées aux droits de l’homme, la lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes chimiques. C’est pourquoi, il faut veiller à ce que ces engagements soient respectés avant toute livraison des armes et avant toute formation à leurs utilisations ».

Malgré cela, l’aide américaine est restée exceptionnelles et modestes, destinée à des factions spécifiques, évitant toujours de livrer à l’opposition des armes qualitatives de crainte qu’elles ne tombent dans des mauvaises mains, comme cela était allégué.

Sur le plan politique, les Etats-Unis n’ont jamais œuvré pour une résolution de l’ONU permettant de changer les rapports sur le terrain, et conduisant à un changement de régime, pour des considérations et des intérêts multiples, comme l’absence d’un successeur au régime satisfaisant. Les Etats Unis maintenaient leur stratégie annoncée « aucun gagnant, aucun perdant », laissant ainsi le temps de porter à maturité une alternative au régime actuel, et qui soit satisfaisante pour eux. Du fait, les Américains et la communauté internationale ainsi que la Ligue des pays arabes, supportent la responsabilité de la situation actuelle en Syrie. Partant, on peut considérer que la militarisation de la révolution, était une des conséquences de l’échec des États-Unis et la communauté internationale dans la protection des civils.

La seule menace sérieuse lancée par l’administration américaine est venue après l’usage par le régime syrien des armes chimiques. Cette menace avait pour seule objectif le démantèlement de l’arsenal des armes chimiques du régime, pour la sécurité d’Israël, et non pas pour protéger les Syriens, que le régime avait attaqués à plusieurs reprises par ces armes, avant et après 2013.

Il ne fait aucun doute que la sécurité d’Israël était, et reste, l’un des piliers fondamentaux de la position américaine concernant la question syrienne. Mais il ne s’agit pas là de l’unique raison de la politique américaine, car les Etats-Unis sont une puissance ayant des stratégies et des intérêts planétaires. Par conséquent, le changement du régime en Syrie, que la révolution a rendu inéluctable, est considéré par les américains dans une perspective plus large, qui tient compte de leurs intérêts et leurs rivalités mondiaux, en particulier au Moyen-Orient, peu importe l’étendue des dommages causés aux aspirations du peuple syrien, et le coût excessif payé par les Syriens.

 

7.      Conclusion

De nombreux facteurs, ont entraîné, de manière objective, la Révolution syrienne vers la militarisation, dont en premier lieu se trouve la violence du régime. Plus le phénomène de la militarisation va en s’accentuant, plus la lutte pacifique recule, car il est impossible de continuer à manifester pacifiquement sous les bombardements, et le grondement des armes. Certes, la militarisation a été préjudiciable pour la révolution syrienne. Elle a retardé son aboutissement et a augmenté son coût à deux niveaux. Le premier concerne le recul de la lutte civile pacifique, et l’allongement du temps de la révolution avec toutes les atrocités qui l’accompagnent. Ceci a renforcé la division sociale, donnant ainsi au régime l’occasion qu’il souhaitait pour donner une dimension sectatrice au conflit, surtout quand il a brandi le slogan de la protection des minorités, faisant venir des milices sectatrices de l’Irak, du Liban et de l’Iran. Ainsi les opprimés dans l’arène du conflit, appartiennent dans leur majorité à un ordre sectateur et les oppressants et leurs alliés à un autre ordre, le tout sous le patronage de l ‘Etat. Il s’agit peut-être du premier exemple d’un conflit de cette nature cautionné par un Etat au nom de la loi. Ceci a amené beaucoup de parties, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, à qualifier la situation syrienne de « guerre civile », ce qu’elle ne l’est pas encore.

Au deuxième niveau, la monopolisation de la scène du conflit militaire par les groupes islamistes. Cela a provoqué une réaction internationale opposée ou négative, et a ravivé une crainte minoritaire inhibée, que le régime a exploitée à son profit, aidé en cela par la nature des milieux sociaux rebelles, ainsi que les positions des pays qui ont offert leur soutien. Il convient aussi à noter que les groupes islamistes, et plus particulièrement, ceux qui sont constitué par des Syriens et ayant un projet « national », n’ont pas réussi à s’unir malgré leur idéologie unique et malgré leur slogans et leurs discours similaires. Quant aux groupes « front al-Nusra », et « Daech », qui militent pour un projet islamiste, extrémiste et transnational -que le front al-Nusra essaie de dissimuler-, ils ont fait énormément de tort à la révolution, notamment Daech qui a combattu les factions armées rebelles plus que le régime, et a pris le contrôle de vastes territoires en Syrie. Une prise facilitée dans la plupart des cas par le régime. La violence et le terrorisme exercés par Daech, de manière avérée, a mis le monde entier contre lui et contre la révolution syrienne.

La lutte pacifique a certes faiblie, mais elle n’a pas disparu. Le peuple syrien a prouvé par sa vivacité et sa détermination qu’il n’épargnera aucune forme de lutte malgré la situation actuelle. Ainsi dès que les balles cessent, les manifestations regagnent les rues des villages et des villes réaffirmant à nouveau les objectifs de la révolution et sa continuité, comme cela est arrivé à Ghouta, à Alep, à Maart et à Idlib, et dans d’autres lieux. Ceci est le véritable gage d’une révolution aspirant à la dignité et à la liberté, et qui s’attache à revenir sur son chemin de départ, comme étant une révolution pour un Etat national moderne et une société démocratique pluraliste, et non pas dans le but d’établir une nouvelle tyrannie à la place de l’ancienne.