Table de matières

  1. Introduction
  2. Un nombre record
  3. Au début, les initiatives arabes
  4. La transition vers les initiatives des Nations Unies
  5. Résolutions internationales stériles
  6. Les tentatives visant à brouiller l’Initiative de Genève
  7. Vienne et son calendrier
  8. Un échec complet
  9. Des solutions complexes

 

1.      Introduction

Quelques mois après le début de la révolution syrienne, le recours du régime syrien aux plus hauts niveaux de violence, et à l’option militaire face aux manifestations pacifiques et civiles, a grandement suscité l’inquiétude régionale et internationale pour le sort de la Syrie et de son peuple, qui résistait à la machine de guerre du régime par des manifestations pacifiques. Les parties les plus proches de la question syrienne, ont alors proposé des initiatives politiques dans l’espoir de trouver une issue à la crise, et arrêter la violence du régime avant qu’elle ne se transforme en une guerre qui détruirait la Syrie et déborderait aux pays voisins.

2.      Un nombre record

Dix initiatives visant à mettre fin à la tragédie syrienne ont été proposées, et il y avait un nombre égal d’initiatives partielles concernant un point spécifique, une zone précise, ou une question personnelle.  Ces initiatives n’étaient pas, dans l’ensemble, similaires, et n’ont pas constitué une démarche clairement opposée au régime et à sa guerre. Elles étaient fluctuantes, prenant tantôt un aspect strict attachées aux intérêts du peuple et de l’opposition syrienne, tantôt un caractère laxiste et indulgent avec le régime, ne permettant pas d’atteindre les revendications minimales des Syriens. Mais le seul point commun entre toutes ces initiatives consiste dans leur échec à atténuer la tragédie syrien pas même d’un iota.

La question syrienne a bénéficié d’un nombre record d’initiatives (arabes, régionales, international, onusiennes) visant à la résoudre, qu’aucune autre question n’a reçu au cours du siècle dernier. Sont intervenus dans l’élaboration de ces initiatives des institutions arabes et internationales comme la ligue des pays arabes, l’Organisation de la coopération islamique, l’Organisation des Nations Unies, l’Union européenne et d’autres, ainsi que de nombreux pays impliqués ou influents dans les affaires syriennes, les Etats-Unis, la Russie, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Chine, ainsi que certains pays arabes et régionaux tels que l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie, l’Egypte et l’Iran.

Ce foisonnement d’initiatives n’a rien donné de qualitative. Et aucun de ces puissances, de ces pays ou de ces organisations n’a été capable de faire passer l’une des initiatives sus mentionnées, pour de nombreuses raisons liées aux divergences entre les pays impliqués dans la question syrienne, et le désir d’un grand nombre d’entre eux d’exploiter la tragédie syrienne pour réaliser ses propres plans, ou négocier d’autres dossiers. Par ailleurs, certaines parties exploitaient les initiatives en tant que moyen pour gagner du temps, lorsque les solutions proposées ne sont pas compatibles avec leurs politiques et leurs aspirations, et espérant ainsi que des circonstances plus favorables à la solution qui leur convient interviennent. Il faut également souligner l’entêtement du régime syrien et son attachement au pouvoir, et le fait d’ouvrir la porte large pour certains États pour interférer ouvertement dans les affaires syriennes, pour aider le régime à se maintenir au pouvoir.

Tous ces textes étaient incomplets, inapplicables, incohérents sur le plan technique, avec des lacunes graves au plan procédurale, comportant ainsi les germes de leur échec. En outre, ces initiatives faisaient écho aux différends régionaux et internationaux, reflétant ainsi les conflits politiques qui en résultaient au moment de leur émission.

3.      Au début, les initiatives arabes

Tôt, et plus précisément en novembre 2011, près de huit mois après le début de la révolution syrienne, et après que le nombre de personnes tuées par le régime a dépassé les dix milles, la Ligue des pays arabes a présenté un plan pour mettre fin aux violences et aux meurtres. Le plan se composait de 13 articles, et s’apparentait plus à un appel à la réforme. Le texte a appelé à des négociations pacifiques entre le régime et l’opposition pour arrêter l’effusion de sang. Le plan a exigé du régime le retrait de l’armée des villes, la libération des détenus, et une réforme politique large et tangible, commençant par exclure l’ingérence de l’armée dans la vie politique et civile. Le plan prévoyait des négociations sous l’égide de la Ligue des pays arabes pour la transition vers un système démocratique pluraliste, et la mise en place d’un gouvernement de coalition et d’unité nationale dans la perspective de préparer des élections législatives transparentes, et aboutissant à des élections présidentielle multipartites, ouvertes à tous, y compris à Bachar Al-assad.

Les pays arabe ont anticipé l’intervention internationale, en essayant de mettre en avant un plan pour arrêter la guerre, mais le régime l’a traité avec mépris et pugnacité, et a ruiné tous les efforts arabes. Il a empêché les observateurs de la ligue de rencontrer les militants et a limité leur mouvement, en les visant par des bombardements ciblés. Les Syriens étaient convaincus que le régime n’accepterait pas le plan proposé, puisqu’ils ont appris à le connaître pendant cinq décennies, et savaient à quel point le régime Assad tenait au pouvoir, et l’ampleur de sa mainmise sur l’Etat et toutes ses ressources.

Malgré l’hostilité du régime au plan proposé par la ligue des pays arabes, certains pays n’ont pas désespéré, notamment certains pays du Golf, qui voyaient dans l’alliance du régime syrien avec l’Iran une menace pour eux. Ils ont décidé de suivre leur action, croyant que même si ils ne réussissent pas eux même, ils pourraient, néanmoins, transférer toute la question à la communauté internationale, qui pourrait alors imposer une solution.

En janvier 2012, il y a eu une autre initiative arabe, un peu plus audacieuse, parce qu’il a appelé le régime à entamer un dialogue politique avec l’opposition dans un délai de deux semaines, afin de former un gouvernement d’union nationale dans un délai de deux mois, puis la tenue d’élections législatives et présidentielles anticipées. Cette initiative est allé plus loin que la précédente en exigeant du régime de charger son vice-président Farouq al-Shara, des négociations avec l’opposition. De son coté, le régime syrien s’est trouvé conforté par le soutien de l’Iran, qui a commencé à lui fournir des experts de l’armée et des services de sécurité spécialisés dans la répression des soulèvements et des révolutions. C’est pourquoi il a refusé catégoriquement le plan proposé, estimant qu’il s’agissait d’une ingérence de la part des pays arabes dans les affaires syriennes internes et d’une violation de la souveraineté nationale. Il a également retiré le vice-président Farouq al-Shara de la scène politique.

4.      La transition vers les initiatives des Nations Unies

La fermeture définitive de la porte face aux initiatives arabes, le soutien ouvert et grossier de Téhéran, et l’absence de puissances régionales capables d’influencer et d’arrêter la violence du régime, et empêcher l’utilisation de la force aérienne contre les civils, ont rendu nécessaire l’intervention de la communauté internationale, via les Nations Unies au début.

Durant son mandat en tant qu’envoyé des Nations Unies et de la Ligue arabe, Kofi Annan a mis un plan pour mettre fin à la guerre en Syrie. En mars 2012, le Conseil de sécurité a approuvé le plan, et a appelé les autorités syriennes à son « application complète et immédiate », le plan ne prévoyait pas, à ce moment, le départ de Assad.

Le plan comprenait six points, dont les plus important sont : le lancement d’un processus politique intégral mené par les Syriens, l’arrêt de tous les actes de violence armée, l’application d’une trêve quotidienne pour permettre l’introduction de l’aide humanitaire, la libération des détenus sur fond d’activisme politiques pacifiques, garantir la liberté de la presse, la liberté d’entreprendre, et le droit de manifester pacifiquement.

À ce stade, la Russies a commencé à peser de tout son poids pour influencer le dossier syrien, et d’y occuper une position exceptionnelle. Le soutien russe au régime syrien ne se limitait plus au niveau politique, mais il est devenu militaire. La Russie fournissait au régime des armes et des experts. A un autre stade le soutien russe était également économique. Le maître du Kremlin avait alors constaté que la guerre syrienne était une occasion en or pour, d’une part, avoir le contrôle au Moyen-Orient, et d’autre part, prendre sa revanche des États-Unis et des pays de l’Europe, pour l’avoir marginalisé, dans le dossier libyen. Plus important encore, il s’agissait de replacer la Russie comme un deuxième pôle dans le monde face aux Etats-Unis.

Cette ouverture russe au régime Assad, a donné à ce dernier une assurance et une détermination à contrecarrer toute initiative politique, estimant que l’échec des initiatives lui permettra de reprendre le contrôle de la Syrie, après avoir perdu des zones assez importantes qui sont passées sous le contrôle de l’opposition armée. Il a ainsi fait échouer la mission des observateurs des Nations Unies, en les submergeant de détails, conformément à la menace lancée auparavant par son ministre des affaires étrangères. En outre, l’initiative a été formulée dans le sens d’une gestion de la crise et non pas pour y apporter une solution définitive, comptant sur la coopération, sur le sens éthique et sur la bonne volonté du régime. Finalement Annan a décidé de présenter sa démission.

Sous la pression, et la perte par le régime du contrôle d’environ un tiers du territoire syrien, et l’ingérence des Iraniens et des Russes dans la décision politique et militaire en Syrie, un groupe de travail international, comprenant les membres permanents du Conseil de sécurité, certains arabes et régionaux, a alors élaboré en juin 2012, au cours d’une conférence tenue à Genève, les principes d’une phase de transition. La déclaration faite à l’issue de cette conférence (déclaration de Genève 1), comprenait plusieurs points, notamment : la mise en place d’un conseil d’administration avec des pouvoirs exécutifs complets composé des membres du gouvernement et de l’opposition et d’autres groupes, tout en maintenant les institutions gouvernementales, y compris l’armée et les services de sécurité, qui seront soumis au conseil. Le conseil reconsidère la Constitution et le système juridique, et organise des élections multipartites libres et conformes.

Le problème qu’a posé la déclaration de Genève 1, relève de sa formulation vague, floue et polyvalente. A ce titre la déclaration n’a pas précisé le sort d’Assad, elle n’a pas prévu un calendrier, et n’a pas comporté des clauses contraignantes. Ce caractère flou et polyvalent semblait être satisfaisant, voire souhaité pour les États-Unis et la Russie en particulier, car il permettait de tracer un cadre général souhaité laissant le reste se faire au gré des circonstances et du temps. Très rapidement, le régime et la Russie ont exploité les failles du texte pour l’altérer et le faire avorter. Ils ont également réussi à faire échouer la tenue de deux réunions de négociations, poussant ainsi l’émissaire de l’ONU Lakhdar Brahimi à démissionner.

5.      Résolutions internationales stériles

Le temps passait sans qu’aucun résultat ne soit obtenu ? Cela ne semblait pas déranger les parties internationales, en particulier les Etats-Unis et la Russie, voyant que la poursuite du conflit servait d’avantage leurs intérêts que sa cessation, même si cela devait avoir pour conséquence de transformer la Syrie en un bourbier ou en sables mouvants.

Mais pour sauver la face, il fallait prendre de temps à autre quelques décisions, suggérant ainsi au monde et aux Syriens que leur cause n’a pas été abandonnée. C’est dans ce sens que la résolution 2042 des Nations Unies est intervenue en avril 2014, qui prévoyait l’envoi des observateurs militaires non armés en Syrie pour surveiller un cessez-le-feu, qui n’a évidement pas été mise en œuvre, parce que la motivation de cette initiative était de gagner du temps et non pas d’entamer la première étape de la solution. Une semaine après, une deuxième résolution2043 a été adopté e, en complément du premier, qui est venue rappeler aux parties impliquées, d’assurer la protection les observateurs chargés de la mission onusienne, et de faire un rapport tous les quinze jours. Mais cette résolution complémentaire n’a eu aucun impact sur le terrain.

A ce stade, les Iraniens étaient les maîtres de la décision militaire du régime syrien, alors que les Russes avaient le contrôle de sa décision politique. Les membres des organisations terroristes internationales commençaient à affluer vers la Syrie, en particulier (l’organisation de l’Etat islamique) et (le Front al-Nusra), et ont commencé à se consolider. Ceci a constitué une aubaine pour le régime syrien et pour la Russie, car ils y voyaient un argument fort pour changer les bases de la déclaration de Genève 1, qui inquiétait démesurément le régime.

En février 2014, après la détérioration de la situation humanitaire, marqué par un grand nombre de meurtres et le déplacement d’une grande partie de la population, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2139 à la veille du troisième anniversaire du début de la révolution. Cependant, il s’agissait purement d’une mesure de secours, en réponse à des appels humanitaires, car elle ne contenait aucune clause politique. Cette résolution n’a eu aucun effet sur le terrain, et elle n’a pas été mise en œuvre.

6.      Les tentatives visant à brouiller l’Initiative de Genève

Le régime syrien et ses alliés notamment les Russes, ont commencé à évoquer le changement de la situation en Syrie par rapport à l’époque où l’initiative de Genève 1 a été élaborée, lorsque les organisations djihadistes mondiaux n’étaient pas encore présentes en Syrie. La Russie et le régime syrien demandaient alors de l’abolition de cette déclaration, ou tout au moins de l’interpréter en fonction du nouveau contexte, à savoir, mettre la lutte contre le terrorisme, avant toute réclamation politique ou sécuritaire. Ils ont également insisté sur la nécessité d’obliger l’opposition à coopérer avec le régime afin d’éliminer ces organisations terroristes avant toute solution politique.

En janvier 2015, Moscou a pris des mesures supplémentaires pour détourner l’attention de la déclaration de Genève 1, qui avait été approuvée par l’opposition syrienne, et a reçu un consensus international. Moscou a également poursuivi ses efforts pour dissiper l’opposition et l’intégrer dans des entités qui n’ont rien avoir avec l’opposition, afin de la démanteler et de l’affaiblir. Elle a ainsi appelé à une conférence (ou un forum) à Moscou. Cependant, toutes les forces de l’opposition ont décidé de la boycotter pour protester contre les intentions de la Russie, d’une part, et à cause de la perte de confiance vis-à-vis de la Russie d’autre part. Les forces de l’opposition voyaient en Moscou une partie à la guerre menée contre elles, et ne pouvait à ce titre jouer le rôle  du médiateur. Moscou et n’a réussi à rassembler que quelques opposants non influents, et certaines personnes qui prétendaient faire partie de l’opposition, en plus d’une délégation représentant le régime. Cette conférence a donné lieu à une déclaration qui a été appelée les « principes de Moscou » qui comprenait dix points. Ce texte correspondait à la vision de la Russie et celle du régime syrien. Il n’y avait aucune promesse d’une réforme ou d’un changement politique ou une proposition de participation de l’opposition. Il était clair que l’objectif de ce texte était celui de marginaliser la déclaration de Genève 1. C’est pourquoi, il a été rejeté par toutes les forces de l’opposition politique et militaire, mais approuvé par le régime syrien étant donné qu’il allait dans le sens de ses intérêts.

Toujours dans cette tentative de marginalisation de Genève 1, l’envoyé de l’ONU en Syrie, Staffan de Mistura, a proposé en août 2015, un nouveau plan de paix fondé sur la création de quatre groupes de travail axés sur la sécurité et la défense et la lutte contre le terrorisme, mais également sur des questions politiques et questions constitutionnelles et la reconstruction du pays, mais également le lancement d’un « processus politique dirigé par la Syrie », un terme récurrent dans le discours du régime syrien.

Les Russes étaient enthousiastes de voir ce plan adopté, car il était aux antipodes de la déclaration de Genève 1, laquelle appelait à la formation d’un seul organe de direction de transition. Un amendement apporté au texte par États-Unis a introduit une clause prévoyant la formation d’un organe de direction transitoire avec les pleins pouvoirs exécutifs, reprenant ainsi la quintessence de la déclaration de Genève 1. Le Conseil de sécurité a adopté le texte dans sa version finale. Par conséquent, l’enthousiasme de la Russie a décliné, et elle a fait échouer le plan, dont aucune clause n’a été mise en œuvre.

7.      Vienne et son calendrier

Une nouvelle rencontre a eu lieu à Vienne entre Les États-Unis, la Russie, la Chine, l’Union européenne, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Egypte, l’Iran, la Jordanie et les Émirats arabes unis, en octobre 2015, soit, près de deux mois après la publication du plan de l’ONU. La réunion s’est conclue par un nouvel accord sur le maintien de l’unité de la Syrie et son caractère laïc, la protection des institutions de l’Etat et la lutte contre le terrorisme. Il a appelé à la poursuite des négociations entre le régime et l’opposition, selon le texte de la déclaration de Genève 1, pour la mise en place d’un « organe de direction complet et non sectateur ». Cette réunion était l’aboutissement d’un effort européen, américain, celui de certains pays de Golfe.

Un mois après la réunion de Vienne 1, des représentants de 20 gouvernements et organisations se sont réunis de nouveau à Vienne, et sont parvenus à un accord pour commencer le processus politique en Syrie. Le plus important de cette réunion a consisté dans l’établissement d’un calendrier pour le changement politique en Syrie (la formation d’un gouvernement de transition dans les six mois, et des élections dans dix huit mois).

Pour consolider ce calendrier, une réunion du Conseil de sécurité a eu lieu deux mois après Vienne 2, où le Conseil a approuvé à l’unanimité une résolution soutenant la feuille de route négociée à Vienne. Les États-Unis avaient déclaré que la résolution était un message à toutes les parties concernées que le temps est venu pour arrêter les massacres en Syrie. Néanmoins, rien de tout cela n’a été appliqué, ni la violence ni les meurtres ne se sont arrêtés, le gouvernement de transition n’a pas été formé, et il n’y a pas de perspective ni espoir de voir des élections organisées dans les dix-huit mois.

8.      Un échec complet

Aucune de ces initiatives, même celles qui sont partielles, n’a donné le moindre résultat. Bien au contraire, elles ont aggravé les conflits locaux, régionaux et internationaux, et la tragédie syrienne. Elles ont également augmenté l’intensité de la guerre et des violences. Ceci est bien évidement la conséquence du conflit d’intérêt des pays influents dans la situation syrienne, et l’obstination de la Russie et de l’Iran à offrir au régime un soutien politique et militaire sans limite, mais également à cause de l’attitude de la Russie et des Etats-Unis consistant dans la procrastination et l’ajournement, du fait que chacune des deux parties considérait la scène syrienne comme un moyen pour régler ses problèmes avec d’autres pays. Ceci est à l’origine de toutes ces initiatives bancales, désinvoltes, et inachevées.

Les pays qui ont initié ou supervisé ces plans, ont ignoré, le plus souvent volontairement, les questions clés. Tous les pays qui ont participé à l’élaboration de ces initiatives ou facilité leur adoption, savaient à l’avance qu’elles ne seraient jamais appliquées. La Russie et les États-Unis cherchaient principalement à gagner du temps. Chacune des deux parties considérait que cela lui permettrait de réaliser des gains supplémentaires, et lui permettrait d’être en mesure de faire pression sur les autres parties sur le terrain ou dans des négociations totalement étrangères à la question syrienne.

La situation en Syrie a atteint un niveau exceptionnel de complexité. En effet, la Syrie est devenue le théâtre où énormément de parties règlent leurs comptes. Quant au régime, il est prêt à détruire la Syrie et tuer et déplacer la moitié de sa population (ce qui est arrivé à ce jour) afin de maintenir son régime autoritaire et corrompu, et il est prêt à céder sa décision politique et sa souveraineté à l’Iran ou à la Russie, ou même à Israël, tant que cela lui permet de se maintenir au pouvoir. En ce qui concerne la Russie, elle est prête à mettre la Syrie à feu et à sang pour retrouver son influence en tant que pôle mondial égal aux Etats-Unis. Elle utilise la situation syrienne, comme un moyen pour négocier d’autres dossiers encombrants avec l’Europe. De son coté l’Iran, cherche, sous couvert sectaire et ethnique, à réaliser un rêve nationaliste perse de rétablir un empire disparu, faisant appel à toutes les organisations sectatrices extrémistes dans une guerre immoral. Pour la Turquie, les principaux objectifs sont son retour en tant que puissance régionale, la protection de ses frontières, et l’enterrement du rêve kurde dans la région. Le grand gagnant reste Israël de cette guerre qui a, non seulement anéanti la Syrie en tant que pays lui tenant tête, mais même la possibilité de revoir la Syrie jouer à nouveau ce rôle. Tout cela concorde, à la fois, avec l’aspiration des Américains pour réaliser les stratégies de la Maison Blanche, sans faire couler une seule goutte du sang américain, et avec les efforts des pays du Golfe cherchant à freiner l’expansion tentaculaire de l’Iran, la Syrie étant considérée comme le point d’appui le plus dangereux pour réaliser cette expansion. Se rajoute à cela les intérêts économiques de toutes ces parties, qu’elles cherchent à atteindre à travers cette guerre.

Il s’agit donc d’un enchevêtrement d’intérêts, d’objectifs et de stratégies, régionales et internationales, qui a conduit à la complexité de la situation en Syrie, et partant a l’échec de toutes les initiatives et à l’ajournement des solutions, car chaque partie espérait réaliser tous ou une bonne partie de ses objectifs, par la force des armes.

Du point de vue technique, l’on peut noter que toutes ces initiatives ont mis en garde contre l’impact négatif du terrorisme et de la pensée extrémiste, de la déstabilisation de la région, de l’affluence des terroristes combattent vers la Syrie, de la destruction du pays, de la recrudescence du sectarisme, et du danger de l’absence d’une solution politique. Elles ont, en outre, toutes insisté sur la nécessité de protéger les civils, et les membres des minorités, et l’importance de la mise en place d’un processus politique intégral dirigé par les Syriens, dont l’objectif est l’application de la déclaration de Genève 1, sur la nécessité de la participation des femmes, et de garantir l’unité de la Syrie, son indépendance et son intégrité territoriale, et son caractère non-sectaire, et d’assurer la continuité du fonctionnement des institutions gouvernementales, et la protection des droits des citoyens, sans distinction de race ou d’appartenance religieuse et d’assurer l’accès à l’aide humanitaire partout dans le pays. En revanche, elles ne comportaient pas de mécanisme clair et contraignant ni de calendrier précis de leur mise en œuvre. Par ailleurs, ces initiatives traitaient toutes les parties de la même manière, le coupable comme la victime, et ne prévoyaient pas de sanctions applicables aux parties qui entravaient leur application. En outre, la plupart de leurs dispositions étaient polyvalentes et susceptibles d’interprétations contradictoires, de sorte que chaque partie pouvait les interpréter en fonction de ses intérêts.

9.      Des solutions complexes

Les résultats des initiatives étaient nuls. Elles ont été décrites comme absurdes par de nombreux Syriens, à cause de leur caractère peu sérieux, et du fait qu’elles ignoraient des questions fondamentales, sans lesquelles aucune initiative ne peut aboutir. Elles étaient également fortement critiquées ainsi que leurs auteurs. La critique la plus notable portait, d’une part, sur le fait d’avoir traité avec le régime de bonne foi, supposant que ce dernier allait tenir ses engagements, et d’autre part, sur le fait d’avoir marginalisé les forces de l’opposition armées. Mais également l’absence de mécanismes explicites d’application et de calendrier clair et détaillée. Leurs clauses étaient, par ailleurs, vagues et sujettes à des interprétations multiples, d’autant qu’elles n’avaient aucune force obligatoire, et ne prévoyait aucune pénalité pour ceux qui ne les respecteraient pas, tout en manquant de recourir au Chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Ces textes ont également passé sous silence la question de la justice transitoire, et ont délibérément manqué de désigner les coupables, pis encore, ils les mettaient sur un pied d’égalité avec les victimes.

Il est clair qu’il n’y a pas de volonté internationale unie pour trouver une solution à la tragédie syrienne. La division entre toutes les parties, locales, régionales et internationales concernées par le dossier syrien, est grande et claire, et s’aggrave de plus en plus. Sans parler de l’indifférence des Etats-Unis, de la faiblesse exceptionnelle des pays arabes, et de l’impuissance des forces régionale et internationale, en plus de la faiblesse de l’opposition syrienne, son manque d’expérience, et ses divisions et l’absence d’une vision politique, l’empêchant d’influencer sur les décisions internationales, ainsi que de la violence et la répression inouïes, du régime syrien, et l’intransigeance et la corruption et la décadence du sentiment national, et sa transformation en une machine à tuer, avec son attachement à une solution militaire l’empêchant de penser sérieusement à donner aux initiatives une chance de réussir à sauvegarder la Syrie et son peuple.

Selon les positions actuelles, de la Russie, de l’Iran et des Etats-Unis, il est difficile d’attendre des initiatives réalisables, capables de mettre fin à la guerre et à la tragédie syrienne. Il semble que, avant d’aspirer à toute nouvelle initiative, il faut mettre un terme au terrorisme international transfrontalier, et reprendre à l’Iran et à la Russie les rênes de la décision politiques et militaires syrienne, et d’empêcher que la Syrie devienne un théâtre pour les règlements de comptes. Ceci constitue l’accès à la solution. Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une chose complexe et très difficile sans une pression efficace, européenne, régional, arabe et local, afin de contribuer à faire un changement significatif notamment dans la position américaine.