Table de matières

  1. Introduction
  2. Alep : une alène dans l’œil du cyclone
  3. La bataille de Mossoul et la désagrégation du mythe du Califat
  4. Les risques prévisibles après la bataille de Mossoul
  5. La bataille de Raqqa commence par son isolement
  6. Conclusion

 

1.      Introduction

Les coups de feu retentissent ces jours-ci dans trois grandes métropoles importantes de la région qui sont Mossoul, Alep et Raqqa. Derrière l’importance géographique et historique de ces villes, se cache un conflit d’influence régionale et internationale encore plus important, susceptible d’entraîner des conséquences graves, et d’ouvrir les portes à des conflits et des guerres prolongées, et à des alliances régionales et locales, visant à manipuler la géographie politique, et les équilibres établis dans la région depuis un siècle, et à les réaménager pour convenir aux puissances victorieuses, Si cela vient à se réaliser.

La défaite de Daech à Mossoul et à Raqqa, dans la guerre déclarée par la coalition internationale et ses alliés locaux, semble être une mission sur le point de s’accomplir, même si elle risque de prendre plus de temps que prévu, et de s’accompagner de plus de destruction et de victimes. La situation à Alep est plus complexe, car elle relève d’un contexte différent, faisant partie de la révolution d’un peuple, et organiquement liée au conflit syrien dans son ensemble et ses suites. De même elle est conditionnée par sa dimension interne et factuelle. Mais le point commun entre ces batailles, regardant leurs lieux, c’est ce nouveau genre de conflit qui en résulterait, une fois la défaite de l’ennemi supposé commun, à savoir Daech, à Mossoul et à Raqqa, et l’opposition syrienne armée à Alep, est acquise. Or, il est fort probable de voir naitre un nouveau conflit entre les alliés d’aujourd’hui, à cause de leurs engagements dans la région, notamment avec la Turquie et l’Iran, ce qui exige pour toute prévision de l’issue de ces questions une très grande vigilance, car il faut s’attendre à des surprises inattendues.

 

2.      Alep : une alène dans l’œil du cyclone

L’épopée d’Alep, qui a commencé le 28 octobre dernier, a pris fin, ou plus exactement a été muselée par les Russes, après la reprise par le régime syrien des zones stratégiques (la zone dite de 1070 appartement, le faubourg al-Assad, la zone dite de 3000 appartements) à l’Ouest de la ville, qu’il avait précédemment perdues. Il est à noter qu’il s’agissait de la deuxième tentative des forces de l’opposition pour briser le siège imposé sur les quartiers Est d’Alep depuis le mois de juin, sans pour autant atteindre leur objectif, en raison de l’intensité des frappes russes, pour couvrir les forces du régime syrien et ses alliés. Il ne fait aucun doute que les forces de l’opposition ont subi de lourdes pertes, mais elles ont fait subir aux forces du régime et aux milices chiites des coups douloureux.

Il est clair que, en raison des rapports de force sur le terrain, et de la complexité de la situation politique entourant le conflit en Syrie, les batailles sanglantes perdureront à Alep, et peuvent même s’étendre à Idlib et à Homs, avec toujours plus de destruction et plus de morts. Chacune des parties impliquées regardant Alep comme le lieu d’un conflit de desseins internationaux, régionaux et locaux, dont les conséquences marqueront les résultats finals auxquels aboutira le conflit.

L’observation des positions des pays impliqués dans le conflit, peut aider, à ce stade, d’entrevoir ses aboutissements, au moins à court terme.

Les Etats-Unis, acteur le plus influent sur le cours du conflit, campent sur leur position, qui consistent à revoir constamment leur ordre des priorités, à manipuler les différentes parties en permanence, et à se concentrer sur la lutte contre Daech et sa défaite comme sa principale priorité. En parallèle à cette démarche, les Etats-Unis se gaussent de voir les factions armées qui combattent le régime syrien, gravement s’affaiblir. Bien plus, ils considèrent que la violence russe contre le peuple syrien, sert partiellement sa stratégie, sans qu’ils doivent en assumer la moindre responsabilité, et sans avoir à devoir une quelconque contrepartie à la Russie, qui utilisent le sang syrien comme une monnaie d’échange avec l’Occident, relativement à d’autres affaires. Apparemment, la position américaine demeurera jusqu’à ce que la prochaine administration soit bien établie dans ses fonctions, et il se peut également qu’elle soit maintenue par celle-ci.

Quant à la Russie, elle s’est impliquée dans le conflit au-delà de ce que ses intérêts l’exigeaient, et a mobilisé contre elle l’opinion publique en Occident et dans le monde, à cause de l’horreur des crimes qu’a commis et que commet son aviation depuis son intervention il y a un peu plus d’un an, et ce sans qu’elle puisse atteindre des résultats stratégiques qu’elle pourrait mettre sur la table des négociations. La Russie semble ces jours-ci dans une grande confusion et plus prudente. La taille de la concentration de la marine russe au large de la côte syrienne, a atteint un niveau inutile par rapport au conflit, ce qui démontre la taille de la difficulté dans laquelle la Russie s’est enlisée. Ainsi, après une déclaration du ministre russe de la défense selon laquelle « les possibilités d’une solution politique en Syrie sont devenue inexistante », et que certains observateurs avaient estimé que, l’achèvement de l’acheminement des forces russes vers la Syrie, s’accompagnera de l’annonce de l’heure zéro pour la reprise d’Alep,  une réunion du Conseil de la sécurité de Russie s’est tenue le 3 novembre, où ont été discuté les perspectives du développement de la situation en Syrie, sans qu’aucune annonce, des décisions prises, soit faite. Il est à noter que les réunions du Conseille est généralement synonymes de prise des décisions importantes. Par la suite, le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, avait annoncé le 7 novembre, que « la trêve humanitaire a un délai précis, tandis que la cessation des opérations des forces aériennes russes à Alep est toujours en cours », et que la décision de la suspension des vols « a été prise, en conformité avec la position du président russe ». Dans le même contexte, il était remarquable en termes de timing, la déclaration du directeur de l’Agence fédérale russe pour la coopération technique Alexander Fomin, que la « coopération active qui a prévalu entre Moscou et Damas dans le domaine de l’approvisionnement des armes n’existe plus », et il a justifié cela par une « situation compliquée en Syrie à présent ».

Les déclarations des responsables Russes n’ont généralement pas de crédit, étant donné qu’elles interviennent souvent dans le cadre de la guerre psychologique. Cependant, il est certain que les résultats des élections américaines, qui ont choqué le monde permettent d’apprécier, avec une grande confiance, que l’action de la Russie, telle qu’elle est relaté par les médias et dans les analyses politiques, et sur laquelle le régime syrien insiste, est peu probable à ce stade, de crainte de provoquer la prochaine administration, avant que sa composition et ses orientations ne soient identifiées. Cette analyse est confortée, par l’entente grandissante entre la Turquie et la Russie relativement à la question syrienne. Ainsi l’armée libre, soutenue par l’armée turque, est à la lisière de la ville d’Albab. Dans le cas où elle réussit à en prendre le contrôle et à chasser les troupes de Daech, cette armée devient en contact avec les forces du régime et de ses alliés, qui assiègent l’Est d’Alep, et cela se fait sous les yeux attentifs de la Russie, qui œuvre, autant que possible, afin d’assurer au régime une prise de contrôle total sur Alep. Cependant, si le bombardement russe sur Alep s’intensifie, jusqu’à quel point la Turquie, qui avait exigé le départ du Front al-Nusra, peut-elle garder le silence face aux exactions russes ?

Pour sa part, l’Iran cherche par toutes ses forces et par l’injection massive des milices sectaires et des gardiens de la révolution, de prendre le contrôle d’Alep, afin d’assurer au régime une carte importante dans la phase des solutions finales. En conjonction avec la bataille de Mossoul, le but recherché par l’Iran d’avoir un corridor terrestre vers la Méditerranée, devient plus réaliste. Mais il y a toujours un décalage fatal entre les ambitions et les projets et leurs aspirations opposées.

Au vu des rapports de forces actuels, et d’une situation où rien ne semble certain, excepté la volonté acharnée du régime et de l’Iran pour reprendre le contrôle d’Alep, la capacité de l’opposition à briser le siège imposé à Alep semble bien inférieur sa détermination.

 

3.      La bataille de Mossoul et la désagrégation du mythe du Califat

La bataille de la libération de Mossoul de l’emprise de Daech a été finalement lancée le 23 octobre dernier, après deux ans de préparation de la part des forces de la coalition internationale. Ainsi ont été mobilisés plus de soixante milles combattants de l’armée irakienne et des forces tribales et nationales, des forces kurdes peshmergas, et des forces populaires chiites. Ces dernières ont imposée leur participation à tous. Il y a également des forces du Parti démocratique kurde qui campent à proximité de la ville de Chenkal.

Toutes ces forces sont équipées par les armes les plus modernes. Ce mélange hétérogène, dont les parties se vouent une animosité mutuelle, est dirigé par des milliers de soldats et experts militaires des États-Unis, de la France et de l’Allemagne. Les Turcs sont également présents à Bashiqa, et les Iraniens sont présents dans à Diyala, Salahuddin, Saqlawiyah. L’Iran est également présent dans d’autres villes, à travers des dizaines de milices chiites irakiennes qui dépendent tous de lui, avec à leur tête Qasem Soleimani, qui bénéficie désormais d’un poste au gouvernement en tant que conseiller militaire auprès du Premier ministre irakien, qui est le chef général de l’armée et des forces armées. Il avait reçu des ordres de Téhéran de quitter la Syrie et de se rendre en Irak pour gérer ses forces dans la bataille de Mossoul.

Une grande partie des efforts déployés par les États-Unis, en tant que chef de la coalition internationale de lutte contre Daesh, dans la préparation de la bataille de Mossoul, a été consacrée à la gestion des conflits et de la divergence des objectifs des parties concernées, et ce que chacune attend de la bataille de Mossoul et de ses suites. Les Etats-Unis essayant ainsi de concentrer les efforts et de réaliser les objectifs fixés, et encadrer les conflits susceptibles d’éclater entre ces parties après la fin de la bataille et la défaite de Daech.

Trois semaines après le début de la bataille de Mossoul, les forces de la coalition ont fait des progrès significatifs dans l’est et au sud, comme à al-Gayyarah, à Makhmour, et à Hamam al-Alil qui sont tous des emplacements stratégiques, sur le chemin vers cette vaste ville qu’est Mossoul. Les forces ont également pénétré dans certains quartiers Est de la ville, habités par un million et demi de personnes, et vivant sous l’autorité de Daech, où aura lieu une guerre difficile et coûteuse, puisque cette ville représente la forteresse la plus importante pour l’organisation de l’Etat islamique.

Cependant, même s’il était vraisemblable qu’un affrontement crucial et décisif avec Daech allait intervenir soit à Mossoul soit à Raqqa, il semble que les forces de la coalition ont laissé le coté Ouest de Mossoul ouvert vers la Syrie. Une telle chose est compréhensible dans les stratégies de gestion des guerres, et dont l’objectif est de laisser une échappatoire à l’ennemi. Mais (le Calife al-Bagdadi), dont on croyait qu’il était parti de Mossoul avec des dirigeants de Daesh vers la Syrie, a surpris tout le monde par un discours depuis Mossoul. Dans son discours marqué par le désespoir et la frustration, et laissant entrapercevoir que lui et son califat, qui n’a pas terminé sa troisième année, vivaient leurs derniers jours. Il a attaqué les pays de la coalition avec la Turquie, l’Arabie Saoudite, et même les factions islamiques qui combattent dans Alep (le front al-Nusra) qu’il a décrite comme « traîtresse, renégate cherchant à représenter les intérêts de ses tuteurs qui sont des pays mécréants ». Les paroles d’Al-Bagdadi, démontrent que Daech est un phénomène isolé et éphémère, n’ayant ni alliés, ni amis, ni une base populaire. L’illusion d’un Etat califal issue de ce phénomène a présenté un modèle inadmissible de violence quand il a utilisé les technologies modernes pour sa promotion et par une mise en scène de cette violence. Par ailleurs le fait qu’Al-Bagdadi a délibérément évité d’attaquer l’Iran et le régime syrien pose beaucoup de questions : attend-il de l’Iran qu’il lui offre un refuge pour lui et les restes des dirigeants de Daech, après que les actes de cette mascarade prennent fin ? D’autant que l’Iran a des antécédents de ce genre avec des dirigeants d’Al-Qaïda !

 

4.      Les risques prévisibles après la bataille de Mossoul

Malgré l’importance de la bataille de Mossoul, en tant qu’étape centrale dans la lutte internationale contre le terrorisme, dont les données indiquent que la défaite de Daech n’est plus loin, néanmoins, son coût sera élevé et elle sera pleine de surprises. La gravité de cette bataille, réside dans les suites que peut donner la conquête de cette ville stratégique, multiconfessionnelle et multiethniques, notamment le maintien de sa géographie qu’elle avait avant de passer sous le contrôle de Daech, et ce à cause des conflits internes potentiels et d’un conflit turco-iranien. C’est pourquoi, le vote du parlement irakien, quelques mois auparavant d’une loi visant à préserver l’unité de administrative et géographique de la ville de Mossoul, n’est pas née de rien, mais reflète bien des appréhensions par rapport à un sort peu enviable, alors qu’émerge un projet de division de la ville en trois ou six cantons.

Il se peut que les premiers affrontements aient lieu entre les peshmergas et de le rassemblement des forces chiites qui se sont imposées pour participer à la bataille en dépit de nombreuses objections des autres parties. Les autorités de la région de du Kurdistan affirment avoir conclu un accord avec le gouvernement à Bagdad sur les droits des Kurdes sur Kirkouk et sur d’autres zones à Mossoul. Toutefois, elles veulent garder sous leur contrôle Namroud et Bachiqah, afin de couper la route aux milices chiites, et de les empêcher d’atteindre Tal-Afar pour encercler la région au sud, et entourer ainsi le territoire de trois côtés. Concomitamment, un conflit au sein de la communauté kurde éclate entre les chefs du Sulaimaniyah pro-iraniens et pro gouvernement de Bagdad, et les chefs Kurdes d’Erbil, qui ont exigé un référendum sur l’indépendance de la région kurde de l’Irak. Proposition rejetée par les chefs Kurdes du Souleimaniyeh, à moins que les Kurdes n’arrivent à surmonter leurs différends. La possibilité d’un conflit kurde-arabe sur Kirkouk est également probable.

Un autre conflit est possible au sein de la communauté arabe de Mossoul, entre le rassemblement tribal soutenu et armé par l’Iran et le rassemblement national dirigé par l’ancien gouverneur de Mossoul, Athil Al-Noujaifi, et qui est soutenue par la Turquie.

Le rassemblement des milices chiites est déterminé à atteindre Tal-Afar, point stratégique, afin de poursuivre Daech à l’intérieur du territoire syrien, selon ce qu’ils prétendent, sachant que Tal Afar est habitée par des Turkmènes chiites proches de l’Iran et des Turkmènes sunnites proches de la Turquie.

La Turquie, qui a près de deux mille soldats dans le camp Bachiqah, avait menacé d’entrer sur le territoire irakien si les milices avancent vers Tal Afar, et qu’elle ne permettrait aucun déplacement ni aucune modification de la démographie de la région. L’attitude turque avait provoqué le gouvernement de Bagdad, qui a considéré les troupes turques comme une puissance occupante, devant se retirer. Le gouvernement irakien s’était plaint auprès de l’ONU, mais en vain. La Turquie est également impliquée dans la bataille de Mossoul, par son aviation, au sein de la coalition, tel que cela a été arrangé par les États-Unis.

Est-ce à dire que la guerre partira de Tal-Afar ? Quelle sera la réaction iranienne ? Quelles seront les plans américains ? Questions dont les réponses dépendent des développements finals et de l’attitude ultérieure de ce rassemblement de ces forces, parce que la Turquie considère que la question de Tal Afar, est une question de sécurité nationale, et la prise du contrôle de la ville par le rassemblement des milices chiites sert les intérêts de l’Iran qui rêve de s’étendre jusqu’à la Méditerranée. D’autre part la prise de Tal Afar est un pas supplémentaire dans la réalisation du rêve kurde d’avoir une bande kurde à sa frontière sud, chose que la Turquie ne veut même pas imaginer. Il est également et difficilement concevable de voir l’Iran entrer en affrontement t direct avec la Turquie, si celle-ci décide d’intervenir en Irak. Cependant, l’Iran peut mener une guerre par procuration à travers les milices chiites et l’armée irakienne.

 

5.      La bataille de Raqqa commence par son isolement

A la surprise générale, le parti de « l’union démocratique kurde », a annoncé le début de la campagne militaire pour isoler la ville de Raqqa, en coordination avec la coalition internationale.

Cette annonce a été faite dans un communiqué publié le 6 novembre émanant du Commandement général des (forces démocratiques de la Syrie, bureau des opérations « colère de l’Euphrate »).

La surprise ne vient pas seulement du nom donné à l’opération « colère de l’Euphrate », corrélativement aux opérations menées par l’armée libre soutenue par la Turquie et baptisées « bouclier de l’Euphrate », dont l’objectif est de libérer la campagne Nord-Est d’Alep de l’occupation de Daech, et qui ont été lancées le 24 aout. La surprise vient également de l’absence de la coalition internationale de cette annonce, alors qu’elle mène la guerre de Mossoul. Alors, quels sont les messages que l’administration américaine veut livrer, et à qui, en consentant au parti kurde l’exclusivité de cette annonce ?

S’agit-il d’une volonté d’empêcher l’armée libre de pénétrer à Raqqa après sa libération de Daech ? Ou s’agit-il pour les Américains de satisfaire leurs alliés Kurdes, s’ils se contentent d’accomplir leur mission d’isoler Raqqa et s’abstiennent d’entrer et de participer à la gestion de la ville après sa conquête ? Ou est-ce une manière de limiter le rôle turque en le cantonnant à la reprise de la ville d’Albab? Ou est-ce un message de réconfort au régime et à ses alliés Russes pour avoir été écartés de la bataille de Raqqa, en mettant également à l’écart les Turcs et en intégrant de leur allié le parti de l’union démocratique ? il est possible que les Américains veulent toutes ces choses combinées.

Les responsables Américains tentent de calmer la colère turque. Le deuxième jour de l’annonce de la bataille pour isoler la ville de Raqqa, le chef d’État-major Américain, Joseph Dunford, a atterri à Ankara et a rencontré son homologue Turc. Il a déclaré après la réunion que la coalition internationale contre Daech « travaillera avec la Turquie sur un plan à long terme, pour la libération de la ville de Raqqa et pour sa protection ». Quant aux forces démocratiques de la Syrie, il a déclaré que leur rôle « sera limité à isoler Raqqa », avant de rajouter « nous savons que les (forces démocratiques de Syrie) ne sont pas une solution pour la reprise de Raqqa et pour son administration, ce que nous cherchons c’est de trouver la bonne combinaison de forces pour une telle opération ». Pour sa part, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter avait déclaré : « nous travaillons principalement avec l’armée turque en Syrie, et sans la résolution préalable du problème de la ville d’Albab, ni la bataille de Raqqa ne peut commencer ni l’agencement des forces qui y participeront, ni le rôle de chacune d’elles, car il existe toujours une crainte que l’organisation de l’État islamique retourne vers Alep, rendant la situation encore plus complexe ».

La bataille pour isoler la ville de Raqqa ne semble pas être hors portée des forces démocratiques de la Syrie, qui bénéficient d’une importante couverture aérienne de la part de la coalition, même si la présence des forces arabes au sein de ses forces est très réduite, voire inexistante. Ces forces stationnent dans la campagne Nord de Raqqa depuis le mois de juin 2015. Par ailleurs, il n’y a aucune présence des forces Daech à l’Est de Raqqa et ce jusqu’à la ville de Hasaka. L’armée libre avance quant à elle vers la ville stratégique d’Albab sans que les forces kurdes tentent d’entrer en collision avec elle.

Les Etats-Unis tentent d’intégrer des forces arabes dans la bataille de Raqqa, comme (Armée révolutionnaire à Raqqa) et certaines tribus arabes. Cependant, la présence annoncée de certaines parties arabes ne changera pas l’équilibre dans la participation, où a la présence kurde gérée par les Américains, reste dominante. C’est pour cette raison qu’une déclaration qui a été faite à la ville turque d’Urfa par six organisations syriennes civiles, notamment le Conseil de Raqqa et le syndicat des enseignants de Raqqa, et rejetant l’annonce du début de la bataille d’isolement et de la libération de Raqqa parce que « cela conduirait à un conflit ethnique entre les Arabes et les Kurdes pendant des décennies ».

La question qui se pose concerne la position turque, et les garanties que la Turquie a obtenues des Etats-Unis, alors que le président Turque Erdogan déclare que « les États-Unis n’ont pas encore répondu à nos questions » ? Ou est ce que la définition du rôle de la Turquie est différée et dépend de l’évolution de la situation sur le terrain, ce qui dépendra de niveau de la résistance de Daech et de sa décision d’accepter un affrontement à Raqqa ou non, car la bataille de Raqqa est régie par une dimension politique extérieur, déterminée par les positions des États-Unis, de la Turquie et des Kurdes. Il est impossible d’exclure complètement le rôle turc de cette bataille, étant donné la crainte très profonde des Turques vis-à-vis des Kurdes, qui cherchent à obtenir une entité indépendante au long de ses frontières sud. Ankara avait rejeté une offre des forces démocratiques de la Syrie d’assurer un passage à l’armée turque vers la ville de Raqqa via la ville de Tal Abyad qui est sous leur contrôle, et qui se trouve à seulement cent kilomètres de la ville de Raqqa. La motivation du rejet turc est essentiellement politique, car Ankara ne veut pas reconnaitre un rôle à ce parti, ni accepter une quelconque coopération avec lui, susceptible d’ouvrir la porte à un échange politique ultérieur entre les deux parties.

La bataille de Raqqa peut être relativement longue, puisqu’elle est conditionnée par la fin de la bataille de Mossoul et de la défaite de Daech. Elle est également liée à sa défaite dans la banlieue Est d’Alep, après la prise de la ville d’Albab, et à la guerre qui se déroule à Alep. En attendant le début de la guerre de Raqqa, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts, et de nouveaux alignements et données, inattendus, pourraient apparaître. Que se passera-t-il si Daech venait à faciliter l’arrivée des forces du régime syrien à Raqqa ? D’autant que le régime avait fait une tentative de ce genre en 2015, et qui lui avait couté cher. Il convient à ce titre de souligner la déclaration du régime syrien pour la formation du (Bouclier de la Péninsule et de l’Euphrate) à ce moment pour combattre Daech. Cette force, dont on ignore le nombre et l’armement, a été formée à la hâte. Elle est composée des habitants originaires du gouvernorat de Deir ez-Zor, déplacés à Damas, et qui avaient déjà combattu avec le régime contre les forces de l’opposition.

 

6.      Conclusion

La guerre contre le terrorisme en Syrie et en Irak est entrée dans une phase cruciale après le début de la bataille de Mossoul, et elle finira par enterrer une partie de ce terrorisme.

Les politiques internationales ont délibérément, en mettant l’accent sur Daech et son danger, détourner l’attention de crimes de guerre et crimes contre l’humanité qui ont été commis et qui continuent de l’être contre la population de la région. Des métropoles prospères ont été détruites au nom de projets d’expansion ou au nom d’un règlement de comptes, ou encore pour établir de nouveaux équilibres dans la région ou sur la scène internationale, tout cela étant facilité par la présence des forces débridées dans la région.

Si le sort de Mossoul et de Raqqa sont liés à bien des égards, à cause de Daech, celui d’Alep l’est également sous d’autres angles. La disparition de Daech de la scène, ou l’éclatement de ses forces, va changer le cours général du conflit. La disparition de Daech, dévoilera aussi tôt des conflits internes et des conflits régionaux qui gisaient sous la surface. Il ne sera pas facile d’encadrer ces conflits ni de contrôler leur trajectoire.

Mossoul et Alep sont situés sur l’un des deux couloirs du projet expansionniste iranien vers la côte méditerranéenne, et l’Iran concentre ses énergies pour que ce corridor soit sécurisé par des forces alliés ou dépendantes de lui, aussi bien en Syrie qu’en Irak. Ces deux passages sont aussi importants pour la sécurité nationale turque, car ils constituent le passage pour son économie vers les pays arabes et les pays du Golf, ce qui rend l’affrontement entre la Turquie et l’Iran très probable, qu’il soit direct ou par procuration. Ceci aura des répercussions dangereuses sur la région et les possibilités de sa stabilité. Face à ces risques, le rôle le plus important incombera aux peuples de la région, qui devront s’aligner et travailler pour résoudre les contradictions qui les opposent.